Bargedé Nicolas, "Ma muse et moy à l’umbre d’un soucy"

 Transcription: id 47916
Incipit
Ma muse et moy à l’umbre d’un soucy
Titre
A Messire Philippes de Chastellux, Chevalier, seigneur de Basarne, Saincte Palaye, Pregilbert, Trucy, etc. Viconte d’Avallon, Nicole Bergede son treshumble et obeissant, Salut
Transcription
Ma muse et moy à l’umbre d’un soucy Attaincts de dueil et aveuglé soucy, Ayans perdu le soleil de ce monde, Duquel on voit le Croissant pur et munde Luyre en ces lieux, et ses rayons espandre Par l’univers d’un vol volumes tendre A composer vers selon la coustume Des enfermez au coffre d’amertume, Plorans un Roy, selon nostre pouvoir, Qui fut autheur et pere de sçavoir. En ce discours la mort pour se vanger, Sur un malheur un autre vint ranger : Et pour m’oster la saincte fantaisie, De la tresnoble et sacre poesie Qui m’inspiroit par son celeste aide Parachever ma noble Francoide, Frappa du dart sanglant et malheureux Un corps mortel, dont l’esprit tant heureux Estoit qu’à tort (comme chacun le dit) Feit trebucher soubs general edict Ce corps heureux qui pour servir d’exemple Au genre humain en ce pourpris tant ample Vivre devoit en immortalité, Dont en plorant nostre mortalité, Le sort muable et des pauvres humains, Le cours trop brief employe doigtz et mains, Cueur et esprit à plaindre et despleurer La mort, helas, que chacun doibt pleurer D’une tressacre et illustre princesse. Ma muse et moy ordinaire sans cesse Estans assis soubs l’umbre des ormeaux, Avec le son des tristes chalumeaux L’avons plorée et encores plorerons, Tant que la vie, ame, et esprit aurons. Mort adjousta d’une mortelle traicte Ung autre edict d’envieuse retraicte, Dont elle usa sur ma dame ta sœur Plaine d’honneur, de vertu et doulceur : Et la robba pour la tirer es cieulx, Nous delaissant le regret en ces lieux, Regret poignant qui plus m’impaciente, Qu’elle ne fut à la mort paciente. Muse, la mort pour croistre le dueil nostre, Sus noz amis employa son plus oultre :  Et pour trancher un plaisir plus au court A fait mourir monsieur de Rizaulcourt. L’a fait mourir - mais est il bien possible ? Oy, la mort ne tient rien impossible, Elle eut pouvoir sur luy comme mortel, Et l'a deffait pour le rendre immortel, Dont le grand Dieu des eaus de Vezigneux A tant ploré, que de ses dolents yeulx, Les grans ruysseaux de plantureuse larme L’ont jetté hors de son limite et terme, Ayant aussi perdu au paravant Par le mortel et pernicieux vent De dure mort, Anglux qu’estimions estre Par sa valeur, un qui en ce bas estre A l’advenir (sans mort) par grand devoir, Exerceroit en vertu son pouvoir. Plorons doncq’ muse, assez avons matiere Pour nous tenir son escorce et frontiere. La fiere mort ne s’est point contentée Des dessusdicts ; mais comme une eventée Frappant autant à tort comme à travers, Soit sus les parcs de France ou de Nevers Ou noz amis, a dit que plus ne reste, Fors que jouer au per à toute reste. Pour parvenir à son intention Et exercer sa fiere dition, A convoqué d’une sorte estourdie Une grieve et grande maladie Sur un pasteur, duquel la vie munde Reluit au ciel, et en l’univers monde. Pasteur, evesque, et grand berger d’Aucerre ; Que maladie en sa pressee serre, A retenu pour le rendre à la mort : Mais le Seigneur ayant de luy remort, Mort le pesant en mortelle balance, Le tient au poix de sa juste excellance, Le balançant soubs l’equitable poix De vie ou mort. Muse, dressons la voix Et le prions que par sa grand bonté Sa vie soit mise au poix de santé Contre le poix de mort, qui par envie Luy veult copper le fillet de sa vie. Voyla comment mort avecques fortune S’esjouissants du mortel infortune, Ne cerchent plus fors en pleurs me miner : Miné je suis, et me fault terminer, Que sans l’espoir de Dieu qui tout termine, Ne fusse plus qu’esprit, tant dueil me mine, Voyant la mort avecques noz amis Es noirs chariots de triumphe admis Soubs le tabour, la trompe et la cadence, Faire dancer en sa mortelle dance, Tels grans seigneurs, demy dieux et deesses Voyant encor qu’en peines et detresses Malheur destient, vous pour qui je supplie Le grand Seigneur Dieu, à fin qu’il desplie Les panonceaux de sa misericorde. Muse avec toy sans faulte je m’accorde, Et ne veulx plus fors mon Dieu invoquer, Pour la santé en ce corps convoquer. Voilà comment tous mes esprits je voue, A prier Dieu, qui manifie et loue En ce mien dueil, dont en douleur supreme Ma muse a fait son rien de dueil extreme, Larmes plorer sur nostre temps present, Dont je vous pry recevoir le present Que vous pourrez à autre presenter, Quand vous voudrez ce mien œuvre eventer. Oeuvre petit, mais de l’intention Qui porte assez grande attestation. Vous le lirez tout ainsi qu’avez fait Mon Vendredy, long temps a, par moy faict. Le vendredy tressainct, que presentastes A Monseigneur, et ne vous exemptastes Me faire tant d’honneur et de plaisir. Vous pouvez plus, s’il vous vient à desir Pour vostre exclave, en eslevant son lustre Envers la sacre, haulte, grande et illustre Sublimité d’un duc prince d’honneur, Duc de Nemours, duquel dieu fut donneur Pour soustenir et donner à congnoistre Qu’il florira, et qu’en brief fera croistre Tant sa valeur, qu’un Scipion de Rome, Un Hannibal, un Alexandre : somme Que les sept preux es martiaulx alarmes, Ne firent oncq’ tels faicts es rudes armes. Immortalité.
Copiste
Claire Sicard
 
Linked from
Referenced by
 
Bargedé Nicolas, A Messire Philippes de Chastellux, Chevalier, seigneur de Basarne, Sainct Palaye, Pregilbert, Trucy, etc. Viconte d'Avallon, Nicole Bargedé son treshumble et obeissant, Salut, « Ma muse et moy à l'umbre d'un soucy »
more...