Amboise Michel d', "Foy Cicero ainsi a diffinie"

 Transcription: id 54622
Incipit
Foy Cicero ainsi a diffinie
Titre
À noble et sage personne Jehan de Villemar, Licencier es droitz, seigneur de la Motte, et de Lislebarbe, Conseiller du Roy nostre sire, et bailly de Touraine, Michel d’Amboise dict l’Esclave fortuné seigneur de Chevillon donne salut
Transcription
Foy Cicero ainsi a diffinie              [En marge : Diffinition de Foy] Une constance et verité unie De ce qu’on dit, et si bien m’en souvient De ce l’homme, avec l’homme convient. De foy jadis Pompillius Numa Le premier tample en Romme surnomma En extimant que foy est la premiere Par qui on vient à la vraye lumiere De son salut. Aussi, comme je pense, Elle est la seur de doulceur, et clemence. Foy ne s’espargne en toute grand affaire. Foy n’apprend point, par fainte aulcune, faire D’estre envieulx. Foy jamais ne mantit Et ne tarda oncq ce qu’elle promit. Foy est ouverte, et si quelcun elle hayt C’est en commun et nompas en secret, Et s’elle veult porter quelque dommage, Semblant ne fait de gracieulx visage. Foy nous deffend, par fait ou par penser, Nostre prochain en derriere offencer. Long temps après foy l’amytié conferme Et d’ung lien d’aymant rend plus que ferme. Elle ne change en rien sa voullunté, Ains est si doulce, et de telle bonté Qu’elle ne veult point perdre l’appetit De bien aymer l’amy, pour cas petit. Jamays l’amy n’est d’elle mescongnu Pour le bien fait d’ung tant nouveau venu. Foy vouluntiers se souvient des biens faitz En oubliant les maulx contre elle faitz. Elle travaille ayder le pouvre, autant Comme le riche, à l’ung et l’autre entend Esgallement. Ses amys par merites Gaigne, et ainsi que par armes inclites Ses ennemys. Les absens favorize Et les loingtains estrangiers elle prise, Et les conseille. Elle n’escoute point Aulcuns propos, s'ilz ne viennent à point, Et s'ilz ne sont dignes d’estre escoutez. On ne veoit point par elle debouttez Les innocens, jamais noblesse aussi. Celluy qui peche ignoramment, ainsi Celluy qui a ceste vertu en foy, Il a ung bien qu’ailleurs point je ne voy Car qui a foy, quoy qu’il ayt indigence Ne faict jamais contre sa conscience Et n’est jamais par don (qui l’homme induit Souvent au mal) corrumpu, ou seduyt. Ceste vertu, qui toute aultre surmonte Feut treslouée au peuple de Sagonte Lors q’Hannibal en grande cruaulté Les renvoya, pour tenir loyaulté Au Romain peuple, enquoy furent si fermes Que leur ruyne a causé maintes lhermes Attilius, Regulus surnommé, Feut tresfidelle, et Loyal renommé. Il ayma mieulx retorner an Carthage Pour y mourir, ou y vivre en servage Qu’en parjurant sa foy vivre à son aise, Car, plus que mort, est faulceté maulvaise. Loyalle foy, et vray amour feut mis Entre Orestes, et Pillades amys Quant de Palas l’Image feut ravye On voullut perdre ung pour l’aultre la vie. Ephestion feut d’une si grave foy Et loyaulté, il eut si ferme en foy, Qu’après sa mort Alexandre fist tondre Chevaulx, mulletz, et argent il fist fondre, Rompre chasteaulx, et leurs rempars aussi, Il fit mourir maintz hommes sans mercy, Pour de doulleur donner vray argument, Et tout cecy nomma publicquement D’Ephestion la funebre inferie. Nicomedes le Roy de Bithinye Feut si Loyal vers le peuple Romain Qu’il se fist tondre et de sa propre main Mist sur sa teste ung chappeau, se nommant Serf affranchy d’iceulx, tout simplement. Semblable foy les Cizeciniens Eurent jadis, car par aucuns moyens, Tant feussent ilz cruels et inhumains, Mithridates de la foy des Romains Ne les sceut onc oster, ny divertir, Pour à sa foy les rendre, et convertir. Je laisse icy à narrer et escripre, Pour abreger mon trop prolixe dire, La loyaulté grande et bien fortunée D’entre Achates, et le piteulx Aenée D’entre Nisus, et son amy loyal Qui est nommé par Virgille, Eurial. Je laisse aussi l’amytié que Theseus, Eut et porta au fort Pirithous, Qui ne feut pas en verité petite. Je laisse aussi la loyaulté de Tite Vers Gisippus son juste compaignon, Qui par le monde a merveilleux renom. Brief de Damon et Pithias je passe La foy, l’amour, la loyaulté et grace Qu’eurent jadis ensemble; stable et ferme Tout leur vivant, pour m’en venir au terme De Cicero, qui dit en son office, Qu’il n’y a rien plus decent et propice Pour maintenir une publicque chose Comme est la foy. Et ainsi qu’il propose De la justice, est foy le fondement À quoy Senecque accorde entierement Quant il escript, l’humain cueur estre sainct Qui ne feut onc par pourriture contrainct De decepvoir, ou corrumpeu par don. "Bruslez (dist il) et sans grace et pardon Rompez moy tout, et me bouttez à mort Plustost que fasse ou tromperie, ou tort À mon prochain." O tresdivine voix Que nous debvons noter de blanche croix Et en noz cueurs escripre ! Voix tressaincte, Que chascun doibt avoir en soy emprainte! Mais il s’en fault tant, qu’ung chascun luy aye, Que maintenant on ne veoit champ, ny haye Prez, boys, tailliz, jardins, bourgs, chasteaulx, villes, Maison, village, hommes, enfans, et filles, Où trahison et infidellité Ne soit regnante. Et, qu’il soit verité, On ne veoit poinct en temps estre asseur Pere du filz, ny frere de sa seur. Desloyaulté a mis par tout sa marque, C’est maintenant elle qui est Monarque De tout le monde. Elle a chascun gaigné Par la faveur d’argent, non espargné Argent cruce, sans quelconque pitié Fait rompre foy, et destruyt amytié, Et fait regner par tout desloyaulté En commettant mainte grand cruaulté Et tout ainsi qu’à Darius Zopire De Babillon fist conquester l’Empire, Argent a faict desloyaulté regner Sur terre, et mer, et mesmes gouverner Ce qui se peult sur terre, et mer comprendre. Suffetius le donne bien entendre, Qui estant Roy du pays d’Albanie Feut appellé par droit de compagnye À secourir contre les Fidenates Le Romain peuple. Usant d’armes ingrattes, Il delaissa faulcement ses amys Pour encontre eulx aider ses ennemys, Qui nonobstant avecques toute peine Furent vaincqueuz par la force Romaine, Le trahistre pris, puis à chevaulx tyray Et en ce point justement martiray. Polymnestor, au Roy Priam de Troye Feut desloyal, quant pour gaigner la proye De ses tresors, fist mourir Polidore. Est il Juif ? est il payan ? ou more ? Qui sceust avoir plus d’infidellité Que Grimoal, le Filz d’iniquité Et de Pepin, qui tua Dagobert, Unicque filz du second Sigisbert, Acelle fin que sa main feust saisie, Après sa mort, du Regne d’Austrasie ? Mais que me vault alleguer ces exemples Qui sont si graves, si copieux, et amples Qu’il en est presques autant, comme il est d’hommes ? Si je voulloys faire gect des sommes Et du grand nombre, et multitude d’eulx, Plustost ma main se partiroit en deux Et tous mes doitz me fauldroient au compter, Que la part moingdre en peusse, racompter. Je croy qu’au ciel tant d’estoilles ne sont, Et tant de brins d’herbes tous les prez n’ont Au moys de May, comme il y a au monde D’hommes sans foy. Il n’est lieu qui n’habonde De telles gens. Et est aussi nouveau D’en veoir ung bon, que de veoir blanc Corbeau. Qui cerchera des grands seigneurs la vie, On n’y verra qu’avarice et envie, Et volluntiers avecques telles dames Mille poisons et meurtres tresinfames. Qui cerchera noblesse, il est notoire Qu’on n’y verra qu’orgueil, et vaine gloire ; Avecq ces deux ensemble pourras veoir Peu de vertu, et bien peu de sçavoir.      Qui cerchera les soubzdars et gens d’armes, On ne verra entre compaignons d’armes Que tous desrocq, et trahisons couvertes Pour satisfaire aux plaisirs, et aux pertes. Qui cerchera les religions sainctes On n’y verra que mensonges et faintes. Qui cerchera des marchans les mesures, On n’y verra que faulx poix, et usures. Qui cerchera le peuple mecanicque, On n’y verra que faulceté inicque, Desloyaulté, et toute mesprison De l’ung, et l’aultre, et sans grande raison. Qui cerchera du hault jusques au batz, Les gens d’esglise, on n’y verra qu’esbatz, Mondanité, et luxure perverse. Et s’il advient qu’avecq eulx on converse, Que l’on regarde au fait de leur justice, On n’y verra de tous coustez que vice. Mille delaiz en ceste eglise sont, Ung million d’appoinctemens que font Ces procureurs, qui dedans leur parquet Ont plus de langue, et trop plus de caquet Qu’ilz n’ont de sens, de sçavoir, ou de biens. Acellefin que je n’obmette riens, Puis que je suis sur ceste plaidorie, On n’y veoit rien, que toute mangerie.      Il ne fault doncq qu’en cest endroit je playe, J’en ditz autant de la justice laye - Nom pas du tout autant, car là dedans Sont conseillers, juges, et presidens, Gens de vertu, de bien, et de sçavoir Qui font sans cesse entierement debvoir De corriger les faultes du commun, En faisant droit et raison à chascun. Ceulx cy ne veulx aulcunement toucher, Mais je veulx bien les vices reprocher Des advocatz mechantz, des procureurs, En aymant plus l’argent que leurs honneurs. Suffisamment blasmer ne les pourroye, Car d’aultruy cuyr, ilz font large courroye Pour ung teston, conseilleront jurer Ung mauvais sot qu’ilz feront parjurer Souventesfois contre sa conscience Pour en avoir cinq solz. Quelle science, Quelle vertu, quel conseil, quelle loy ? Certes celluy qui a le moings de foy Le plus trompeur, le plus cault, et inicque, C’est celuy là qui a plus de praticque, Et maintenant c’est ung advocat sage Et bien sçavant, lequel scet myeulx l’usage De tromperie, et de faulceté faire Et qui scet myeulx, picquer, mordre, et meffaire À son prochain. Ung tel homme moult vault Qui est disciple et escollier de Sault, Qui ayme plus l’argent de bonne alloy Qu’il ne fait pas son amy, ny sa Loy. En verité, ce n’est de maintenant Ains de long temps (si j’en suis souvenant) Que trahison, avec desloyaulté Ont mis l’empire, et la principaulté De cestuy monde en leur main et puissance, Mesmes du temps, mesmes de la naissance De Carmanthis la mere Devander, Il n’en fault point preuve aultre demander Que celle là, que en a voulu escripre En la presante et treziesme Satyre Le bon Poete Aquinas, Juvenal Prompt à reprendre et detester le mal. Je l’ay voullu traduyre ces jours cy, En dejectant loin de moy le soulcy Et le torment que j’ay d’ung seul procès Par devant toy, ainsi comme tu scès, Juste bally, et juge incorruptible. Mais pourautant que je croy impossible D’en trouver ung, pourveu de tel office, Plus vigillant à comprimer le vice, Et plus sçavent que toy, en loys, et droit Je t’ay esleu, et choisy orendroit Pour te donner ce don : qui ne merite D’estre cogneu en lieu de telle eslitte Et de tel poix comme est le grand sçavoir Et les vertus, qu’en toy chascun peult veoir. Prens doncq en gré, et à loisir regarde Ce mien present, qui soubz ta sauvegarde Se va boutter es mains des imprimeurs. Et si j’ay point icy mesdit des meurs Et des façons des advocatz pervers, Excuses en et ma muse, et mes vers, Car où je parle et escriptz les propos Des advocatz, ja bouttez en despoz, Je n’entends point faire, et donner encombre, Aux gens de bien, dont il est quelque nombre, Mais à ceulx là qui d’une mauvaistié Mangeussent tous sans raison, et pitié Et qui trop plus ayment l’argent battu Qu’ilz ne font pas la parfaicte vertu. Dieu, et nomplus.
Copiste
Claire Sicard
 
Linked from
Referenced by
 
Amboise Michel d', A noble et sage personne Jehan de Villemar, Licencier es droitz, seigneur de la Motte et de L’islebarbe, conseiller du Roy nostre sire, et bailly de Touraine, Michel d’Amboise, dict l’Esclave fortuné, seigneur de Chevillon, donne salut, « Foy Cicero ainsi a diffinie »
more...