Transcription
Quintilian, homme de grande lettre,
Dict qu’on ne peult rendre à dieu, pere, et maistre
L’equivallent du bien par eulx receu
Et en son dire il ne s’est point deceu.
Dieu nous a tant honnorez, et aimez
Qu’il nous a faitz, et par grace formez
À son image et sa similitude,
Mettant en nous une certe habitude
Qui ne se peult comprendre bonnement.
Elle tient lieu en nostre entendement
Et le regist, ainsi que pour nous née,
D’une raison, et mesure ordonnée,
Nous separant des brutz et de leur vivre.
Quant est du pere, il est clair qu’il nous livre
Charnelle masse, ad ce bien recepvoir
Que ne pouvons, sinon de dieu, avoir
Et moyennant ceste masse charnelle
Nous avons vie, esperant l’eternelle,
Qui est promise à l’homme seullement.
Quant est du maistre il donne enseignement
Et incorpore dedans la table blanche
De nostre esprit, une doctrine franche
Dont nous pouvons, ayant icelle acquise
Seurement vivre, et en toute franchise,
En evitant les pouvretés du monde
Qui cerchent peu celluy en qui habonde
Litterature, à laquelle comprendre
Tout homme est né, et si la peult apprendre
Facillement, avecq la promptitude
De son esprit, diligence, et estude
Du precepteur, qui en vifve parolle
L’enseigne, et monstre - et par cueur, et par rolle.
Les biens de dieu, qui ont telle vigueur
Se satisfont avecques ung bon cueur,
Les biens du pere en luy obeissant
Et nostre chair de luy recongnoissant,
Les biens du maistre avec une largesse
De dignité, ou aultre gentilesse,
C’est assavoir de presens, et de dons
D’or, ou d’argent, qui sont les vrays guerdons
De celluy là qui enseigne science.
Pource qu’il a vouluntiers ce si en ce
Que de tant plus qu’il est plain de sçavoir
Il a tant moings de richesse, et d’avoir.
Et s’il advient, comme il advient souvent,
Que tout ensemble il soit riche, et sçavant,
Cella provient des parens trespassez
Qui tel richesse, et biens luy ont laissez,
Nompas du ciel, lequel (comme il me semble)
N’influe point biens, et sçavoir ensemble.
Or pourautant que je veulx satisfaire
Comme je puis, et que je pourray faire,
Aux biens receuz de mon dieu, pere et maistre
Que je tiens d’eulx, et d’eulx veulx recongnoistre,
Le cueur entier, à dieu je donneray
Et mon dieu seul je le confesseray,
Qui m’a donné esprit, sens et raison
Pour gouverner, et en toute saison,
Ce corps mortel qui procede du pere
Et de ma bonne, et vertueuse mere,
Qui l’a nourry, vestu, et eslevé
Jusques au temps qu’il a esté trouvé
Capable, ydoine, et suffisant à suyvre
Ce qu’appartient à jeune enfant, pour vivre,
C’est assavoir art, et litterature,
Cas necessaire à humaine nature,
Ce que j’apprins encores bien petit
Et jeune d’ans, non selon l’appetit
Que j’en avois, mais selon que voullut
Georges d’Amboise, homme qui tant vallut
En toute chose, enquoy pourroit valloir
Ung grand seigneur plain de si bon voulloir
Comme il estoit, qui, pour me faire apprendre,
Ne differa de donner, et despendre
Tant que son corps eut en ce monde vie
Que luy ravit la mort devant Pavie
Avecques gloire et honneur triumphant
Au grand regret de moy bien jeune enfant
Qui en sa mort souffris trop grand dommage.
J’estois allors, homme prudent et sage,
Dessoubz ta main, laquelle me traictoit
Humainement et me manifestoit
Les traitz requis à sagement escripre
En beau françois ; et aussi, à vray dire,
Ce que j’en sçay de toy procede et vient
Et non d’ailleurs, si bien il t’en souvient.
Car du colliege encores je venois,
Où seullement le Latin apprenois
Et paravant qu’au college j’entrasse
J’avois encor la langue toute grasse
Du maternel language. Mon parler
Estoit de Naple avant que là aller
Et ne parlois aultre meilleur language.
Certes aussi je fuz en ce soullage
Né, et nourry, puis amené en France,
Jeune, et petit, et presques en enfance
Par monseigneur, le grand maistre d’Amboise.
Or donc chez toy ceste langue Françoyse
Et de par toy j’apprins en sorte telle
Que seurement j’espaire au moyen d’elle
Et au pourchatz d’elle, avant que mourir
Gloire, et honneur immortel acquerir.
Qui est le bien des Anges, et leur vie
(Soit dit ce mot toutesfois, sans envie).
Si j’ay ce bien, je ne l'ay d’aultre lieu
Sinon de toy, par la grace de dieu
Qui t’a esté tresliberal donneur
De bon esprit, de richesse, et d’honneur.
C’est doncq raison que je te sois tenu
De ce bien fait. Et serois recongnu
Pour homme ingrat, infelice, et sans foy
Si satisfait il ne t’estoit, par moy,
Ce que je veulx, et selon ma puissance,
En te donnant entiere obeissance.
À ceste cause, et en attendant mieulx,
Reçois ce don petit, mais gracieulx,
Que je te donne, et presente. Reçois
Ce don petit, lequel est en françois
Par Juvenal jadis en latin mis
Tu y verras comme il n’est point permis,
Et moings licite à ung homme indigent -
Attout le moings qui n’a qu’à peine argent -
Faire despence, et superflues bragues
En s’accoustrant de chaisnes, et de bagues,
Ainsi que font ceulx qui en ont foison,
De qui sont nez d’oppullante maison,
Ausquelz il est permis selon le dire
De la presente, et unziesme Satyre,
De s’accoustrer richement et de faire
Riches festins, sans à aultruy meffaire,
Ce qu’appartient tant seullement au riche
Qui ne doibt estre en quelque chose chiche,
Car ce n’est moings de reproche à ung homme
Qui a foison de biens, et grande somme
D’or et d’argent, d’estre avaritieulx
Et de tenir son argent otieulx,
Qu’à ung pouvre homme aimer large despence,
Ayant les yeulx trop plus grands que la pence.
Dieu et non plus