Amboise Michel d', "Quintilian homme de grande lettre"

 Transcription: id 54609
Incipit
Quintilian homme de grande lettre
Titre
À monsieur maistre Estienne Ferrou seigneur de Fretoiseau, et procureur en parlement, Michel d'Amboise, dit L’esclave fortuné seigneur de Chevillon, donne salut
Transcription
Quintilian, homme de grande lettre, Dict qu’on ne peult rendre à dieu, pere, et maistre L’equivallent du bien par eulx receu Et en son dire il ne s’est point deceu. Dieu nous a tant honnorez, et aimez Qu’il nous a faitz, et par grace formez À son image et sa similitude, Mettant en nous une certe habitude Qui ne se peult comprendre bonnement. Elle tient lieu en nostre entendement Et le regist, ainsi que pour nous née, D’une raison, et mesure ordonnée, Nous separant des brutz et de leur vivre. Quant est du pere, il est clair qu’il nous livre Charnelle masse, ad ce bien recepvoir Que ne pouvons, sinon de dieu, avoir Et moyennant ceste masse charnelle Nous avons vie, esperant l’eternelle, Qui est promise à l’homme seullement. Quant est du maistre il donne enseignement Et incorpore dedans la table blanche De nostre esprit, une doctrine franche Dont nous pouvons, ayant icelle acquise Seurement vivre, et en toute franchise, En evitant les pouvretés du monde Qui cerchent peu celluy en qui habonde Litterature, à laquelle comprendre Tout homme est né, et si la peult apprendre Facillement, avecq la promptitude De son esprit, diligence, et estude Du precepteur, qui en vifve parolle L’enseigne, et monstre - et par cueur, et par rolle. Les biens de dieu, qui ont telle vigueur Se satisfont avecques ung bon cueur, Les biens du pere en luy obeissant Et nostre chair de luy recongnoissant, Les biens du maistre avec une largesse De dignité, ou aultre gentilesse, C’est assavoir de presens, et de dons D’or, ou d’argent, qui sont les vrays guerdons De celluy là qui enseigne science. Pource qu’il a vouluntiers ce si en ce Que de tant plus qu’il est plain de sçavoir Il a tant moings de richesse, et d’avoir. Et s’il advient, comme il advient souvent, Que tout ensemble il soit riche, et sçavant, Cella provient des parens trespassez Qui tel richesse, et biens luy ont laissez, Nompas du ciel, lequel (comme il me semble) N’influe point biens, et sçavoir ensemble. Or pourautant que je veulx satisfaire Comme je puis, et que je pourray faire, Aux biens receuz de mon dieu, pere et maistre Que je tiens d’eulx, et d’eulx veulx recongnoistre, Le cueur entier, à dieu je donneray Et mon dieu seul je le confesseray, Qui m’a donné esprit, sens et raison Pour gouverner, et en toute saison, Ce corps mortel qui procede du pere Et de ma bonne, et vertueuse mere, Qui l’a nourry, vestu, et eslevé Jusques au temps qu’il a esté trouvé Capable, ydoine, et suffisant à suyvre Ce qu’appartient à jeune enfant, pour vivre, C’est assavoir art, et litterature, Cas necessaire à humaine nature, Ce que j’apprins encores bien petit Et jeune d’ans, non selon l’appetit Que j’en avois, mais selon que voullut Georges d’Amboise, homme qui tant vallut En toute chose, enquoy pourroit valloir Ung grand seigneur plain de si bon voulloir Comme il estoit, qui, pour me faire apprendre, Ne differa de donner, et despendre Tant que son corps eut en ce monde vie Que luy ravit la mort devant Pavie Avecques gloire et honneur triumphant Au grand regret de moy bien jeune enfant Qui en sa mort souffris trop grand dommage. J’estois allors, homme prudent et sage, Dessoubz ta main, laquelle me traictoit Humainement et me manifestoit Les traitz requis à sagement escripre En beau françois ; et aussi, à vray dire, Ce que j’en sçay de toy procede et vient Et non d’ailleurs, si bien il t’en souvient. Car du colliege encores je venois, Où seullement le Latin apprenois Et paravant qu’au college j’entrasse J’avois encor la langue toute grasse Du maternel language. Mon parler Estoit de Naple avant que là aller Et ne parlois aultre meilleur language. Certes aussi je fuz en ce soullage Né, et nourry, puis amené en France, Jeune, et petit, et presques en enfance Par monseigneur, le grand maistre d’Amboise. Or donc chez toy ceste langue Françoyse Et de par toy j’apprins en sorte telle Que seurement j’espaire au moyen d’elle Et au pourchatz d’elle, avant que mourir Gloire, et honneur immortel acquerir. Qui est le bien des Anges, et leur vie (Soit dit ce mot toutesfois, sans envie). Si j’ay ce bien, je ne l'ay d’aultre lieu Sinon de toy, par la grace de dieu Qui t’a esté tresliberal donneur De bon esprit, de richesse, et d’honneur. C’est doncq raison que je te sois tenu De ce bien fait. Et serois recongnu Pour homme ingrat, infelice, et sans foy Si satisfait il ne t’estoit, par moy, Ce que je veulx, et selon ma puissance, En te donnant entiere obeissance. À ceste cause, et en attendant mieulx, Reçois ce don petit, mais gracieulx, Que je te donne, et presente. Reçois Ce don petit, lequel est en françois Par Juvenal jadis en latin mis Tu y verras comme il n’est point permis, Et moings licite à ung homme indigent - Attout le moings qui n’a qu’à peine argent - Faire despence, et superflues bragues En s’accoustrant de chaisnes, et de bagues, Ainsi que font ceulx qui en ont foison, De qui sont nez d’oppullante maison, Ausquelz il est permis selon le dire De la presente, et unziesme Satyre, De s’accoustrer richement et de faire Riches festins, sans à aultruy meffaire, Ce qu’appartient tant seullement au riche Qui ne doibt estre en quelque chose chiche, Car ce n’est moings de reproche à ung homme Qui a foison de biens, et grande somme D’or et d’argent, d’estre avaritieulx Et de tenir son argent otieulx, Qu’à ung pouvre homme aimer large despence, Ayant les yeulx trop plus grands que la pence. Dieu et non plus
Copiste
Claire Sicard
 
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Amboise Michel d', A monsieur maistre Estienne Ferrou, seigneur de Fretoiseau, et procureur en parlement, Michel d’Amboise, dict l’Esclave fortuné, seigneur de Chivillon [sic] donne salut, « Quintilian, homme de grande lettre »
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