Amboise Michel d', "On dict noblesse estre une dignité"

 Transcription: id 54603
Incipit
On dict noblesse estre une dignité
Titre
A tresreverend prelat Messire Françoys de Sercus, Evesque du Puy, et conte de Vellay, Michel d’Amboyse escuier, seigneur de Chevillon, donne salut et felicité eternelle
Transcription
On dict noblesse estre une dignité Ou excellence en toute purité De progenye, ou de quelque aultre chose. Le philosophe en qui l’honneur repose Des bons espritz, qu’aux corps le ciel submect, En ses escriptz quatre especes en mect C’est assavoir : noblesse de sçavoir, Vertu, lignée, et noblesse d’avoir. Mais toutesfois qu’il s’ayde de ces quatre, J’en veulx les deux en cest endroit rabatre Et me servir des deux plus excellantes Lesquelles sont certes correspondantes A nostre corps et nostre ame sans cesse. C’est assavoir paternelle noblesse Et vertueuse. Une rasse de pere Est celle là qui vient de chair prospere Et excellante ; et tient de la nature Du mortel corps subject à pourriture. Mais l’autre plus que ceste cy honteuse Qui est nommée, et dicte vertueuse Est une gloire et dignité acquise Par probité de meurs, ou force quise Avecq vertu d’esprit et de courage Qui appartient par coustume et usage A l’homme preux, qui par œuvre tresbonne La rend commune, et propre à sa personne. De ceste cy parlant sainct Crisostome Dict, et maintient : que pour noble tout homme Se peult tenir, qui de pecher a honte Et qui peché seigneurie et surmonte. Or de ces deux s’engendre une troiziesme Quand il advient qu’en ung seul homme mesme Y a de rasse, et vertu, excellance Et dignité ; et ceste cy je pense : La consommée, et parfaicte noblesse, Que plusieurs gens appellent gentillesse, Car l’excellence unicque de lignée Si de vertu ne va accompaignée, Noble ne rend l’homme parfaictement. Ainsi vertu née villainement Seulle ne peult noblesse au corps donner Sans que le sang la viene accompaigner. Mais des parens le sang noble, et subtil Parfaictement rend ung homme gentil Avecq vertu. Et sans ces deux ensemble, Noble parfaict n’est l’homme (ce me semble). Comme le corps ne peult homme parfaire Estant sans ame, à l’homme necessaire Et ame aussi ne rend l’homme parfait S’elle n’a corps. Car il fault en effect Pour compouser ung homme entierement Que l’ame et corps soient mis ensemblement. Ainsi ne peult parfaictement noble estre Homme s’il n’est de vertu noble, et destre. Or toutesfoys la presente Satyre Que j’ay voullu de Juvenal traduyre Dict aultrement. Car elle dit en somme Que celluy là est ung vray gentilhomme Ores qu’il soit de vile rasse né Si de vertu il est accompaigné. Noble prelat, la traduction d’elle Quant je t’en filz present : te sembla belle Et pour autant que tu y prins plaisir Et que mon cueur et unicque desir Est de te faire aulcunesfois present Qui te soit beau, gracieulx, et plaisant, J’en ay traduit encores trois ces jours Qu’il te plaira de lire en tes sejours Quant pour ce faire auras le temps propice Et de ma part je prenderay l’office De n’estre ingrat en ce que pourray faire De te servir, obeyr, et complaire Comme je suis tenu pour les biens faitz Qui, maintesfoys, par toy m’ont esté faitz Et mesmement au besoing on le veoit Le bon amy qui au besoing pourvoit. Tu prendras doncq ceste traduction. Dont je te faitz entiere oblation, En attendant que don meilleur te fasse Ce que de brief feray, avecq la grace Du seigneur dieu, qui t’a fait noble naistre Et vertueux en ce monde congnoistre, Qui te fera noble, et vertueux vivre Par autant d’ans que la vertu en livre, Qui est en toy si copieuse et haulte Que de ses biens tu n’auras jamais faulte. Dieu et non plus.
Copiste
Claire Sicard
 
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