Habert François, "O noble vierge Astrée ayant le glaive en main"

 Transcription: id 54285
Incipit
O noble vierge Astrée ayant le glaive en main
Titre
Deploration en poesie Françoyse et Latine, sur le trespas de monseigneur Olivier, Chancellier de France
Vers Alexandrins
Transcription
O noble vierge Astrée ayant le glaive en main Pour punir les pervers qui ont cueur inhumain, Que ne viens tu du Ciel en ce bas Territoire Pour surmonter la Mort par heureuse victoire, Qui sans avoir esgard au proffit singulier Du puissant Roy Gauloys, contre son Chancellier A lancé le venin de ta Pique exécrable, Pour à toy et à nous faire playe incurable. Déesse de Justice, entends le grief remord Que le peuple François ha pour la triste Mort Du sçavant Olivier, plein de meure prudence, Et qui estoit l'honeur de la Jurisprudence, Faisant par le sçavoir des équitables loix Resplendir en tout lieu ce beau Regne Gauloys. Il te portoit honeur o saincte vierge Astrée, Et sa poictrine estoit sainctement pénétrée De la crainte de Dieu, il aymoit vérité, Ennemi d'avarice, ami de charité. L'impitoyable Mort qui les grands Roys renverse, Entra en jalousie et envie perverse Contre cet Olivier, le voyant exercer Les Droicts, suyvre vertu, le vice renverser, Car tousjours elle porte une maudicte envie À ceux qui sont de noble et vertueuse vie, Et laisse longuement au Monde vivre ceux Qu'aux vertus elle voyt trop froids et paresseux, Ainsi le vent trop fort faict tomber sans demeure La pomme, qui dessus les arbrisseaux est meure, Et celles n'abat point qui n'ont maturité Bien que de soufflemens l'arbre soit agité. La Mort par son envie ainsi prent les personnes Qui sont contre son vueil vertueuses et bonnes. Ce pendant qu'Olivier de santé jouissoit De la belle Pallas le Troupeau florissoit, Car pour le decorer de ses honeurs antiques, On exaltoit son nom par œuvres Poetiques, Et les doctes neuf Seurs du Pernasside mont En chantant ses vertus souvent incité m'ont À les chanter aussi, affin que de sa gloire Ne fust aux successeurs estaincte la memoire. Mais ores ces neuf Seurs ont tant les cueurs marris, Que leur soulas en dueil, et en larmes leur ris A esté converti, et est chose certaine Que leurs humides pleurs augmentent leur fontaine Helicon, où jadis les Poetes lavez, Du Nectar poetique ont esté abruvez. Toutefoys en plorant, ces Pégasides Muses Gravent en marbre fin les louanges diffuses De ce bon Olivier, des legistes l'honeur Et à qui Dieu de tant de graces fut donneur. Donc en despit de Mort furieuse et cruelle De ses vertus sera la louange eternelle. Et l'Olivier heureux sa racine estendra Qui l'odeur de son fruict immortelle rendra, Car desja de cet arbre on voyt rameaux espars Qui une douce odeur rendent de toutes pars, Et les fruicts en viendront à la posterité Qui les verra ornez de grand auctorité À l'aureille des Roys, où l'heureuse racine Des futurs oliviers point ne se desracine, Parquoy, cruelle Mort, combien qu'à ton effort Ne puisse résister le plus puissant et fort, Si n'as tu d'Olivier la louange abatue, Le Seigneur tout puissant au Ciel luy restitue Une vie sans fin, promise aux bien heureux Qui de vraye équité ont esté amoureux, Comme cet Olivier de racine non morte. Parquoy, peuple Françoys, que douleur desconforte Pour du bon Chancelier entendre le trespas, Appaise un peu ton dueil, certes, mort il n'est pas. Au Ciel son ame vit, et sur la Terre ronde La mémoire de luy de grand honeur abonde Qui sans fin laissera à l'œil des successeurs De ses haultes vertus tesmoignages bien seurs. Et vous, dame d'honeur, tant rassise et posée Du fertile Olivier la louable Espousée, Beaucoup avez perdu, mais le regret qui mord, Les larmes, les souspirs, ne donnent vie au mort. De tous hommes mortels la vie est terminée, Et l'homme ne pourroit vaincre sa Destinée. Celluy qui tout créa, qui tout peut, tout prévoit, Vostre defunct Espoux tant agréable avoit, Qu'il l'a voulu pourvoir en son Regne celeste, Où il reçoit soulas, loing de tout dueil moleste, Jusq'à ce que sa chair inhumée au Tombeau Sera resuscitée en un corps pur et beau. Ce pendant, o lecteurs, considerez la perte Que la Gaule reçoit par la ruine aperte De ce bon Chancelier, qui par grace féconde Fut l'ornement des Loix, et latine faconde. Tout ce qui est sur Terre, à la fin pourrira, Mais la noble vertu jamais ne perira. Les braves bastimens seront reduicts en pouldre, Et tous les Elemens viendront à se dissouldre, Mais des bons la vertu au Ciel se poulsera, Et à Dieu, de leurs faicts tesmoignage sera. Fin.
Source
Valognes, Médiathèque Julien de Laillier, C 6121 (1)
Copiste
Claire Sicard
 
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Habert François, Deploration en poesie Françoyse et Latine, sur le trespas de monseigneur Olivier, Chancellier de France. Vers Alexandrins, « O noble vierge Astrée ayant le glaive en main »
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