16005 - Sarcophage - Église Saints-Gervais-et-Protais à Béruges - Vienne (86)

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Objet
Sarcophage
Historique
Le couvercle de sarcophage n°53 fut découvert à la fin du XIXe siècle (entre 1875 et 1883) dans les fondations de l'église romane de Béruges que l'on démolissait pour en rebâtir une autre sur un nouvel emplacement . Don de l'abbé Lamoureux, curé de Béruges, à la Société des Antiquaires de l'Ouest, un peu avant le mois de novembre de l'année 1883. Il fut alors transporté au musée de la Société par M. de Tudert. Ensuite on le plaça au baptistère Saint-Jean dès que celui-ci fut mis, en 1884 par l'Etat, à la disposition de cette même société savante pour y créer un musée lapidaire.
N° d'inventaire dans le lieu de conservation
53
Statut MH
Non protégé
Etat de conservation
Seule la moitié supérieure du couvercle nous est parvenue. Une cassure oblique située environ au milieu la scinde en deux pièces. Au niveau de la tête et au centre, la partie droite de la pierre est endommagée et une partie du décor a disparu.
Remploi
Non
Matériau
Calcaire
Précision sur le matériau
Calcaire récifal de l'Oxfordien (Jurassique), vallée de l'Anglin (Vienne).
Dimensions en cm
L. 107 ; l. tête 63 ; l. cassure inférieure 50 ; Ep. 16 ; Ep. bandes 15.
Type et technique de sculpture
Type.Semi-méplat
Outil
CiseauForet
Typologie
Mobilier funéraire.Couvercle de sarcophage
Morphologie
Couvercle monolithe et trapézoïdal.
Détermination
Assurée
Décor
VégétalGéométriqueFiguratif
Description du décor
L'ensemble du décor est organisé à partir du schéma poitevin des trois bandes transversales en relief dont il ne subsiste que celle de tête, la moitié supérieure de celle du milieu et la bande longitudinale qui les relie entre elles. Un petit cadre en bourrelet continu délimite le périmètre extérieur de cette "charpente". Un deuxième petit cadre identique vient circonscrire le décor de chacune des deux traverses. La bande de tête contient une inscription incomplète composée de sept lignes. Seule la dernière est entièrement lisible, les autres n'ayant plus que quelques lettres éparses. Elle est bordée des deux côtés par une bande en zigzag formant des triangles où viennent s'intercaler de petits motifs trifoliés, percés au centre de doubles petits trous. La bande centrale incomplète est délimitée par une bordure où alternent successivement des triangles striés et des fleurons. Dans l'angle le motif triangulaire se transforme en un ovale où se superposent une série de petits trous. L'espace circonscrit par cette bordure est lui-même encadré par une fine bande en bourrelet. Il est occupé par un oiseau dont seul le haut des ailes déployées vues de face et le profil de la tête sont conservés. Il regarde à droite et son œil est signalé par une perforation. Son bec légèrement crochu comporte une petite bosse sur le dessus. Le graffiti : "DURAT " traverse l'aile gauche. Le champ libre autour de l'oiseau est meublé de feuillages et de petits ronds gravés. L'espace entre les deux traverses comprend trois panneaux au décor distinct. Celui du centre correspond à la bande longitudinale. Elle est décorée d'une tige continue en bourrelet qui crée deux cercles en forme de huit puis longe les deux angles droits du cadre pour revenir contre le haut du dernier cercle en se terminant par une forme ovoïdale et pointue. Ce petit compartiment ainsi délimité est occupé par deux larges feuilles percées de trous. La plus complète comporte une petite tige terminée par un disque percé de sept trous. Le premier cercle renferme une fleur à quatre pétales en croix autour d'un bouton. Le deuxième contient une fleur à quatre pétales striés et joints partant d'un cercle. Huit feuilles aux décors alternés rayonnent autour.  Enfin dans les angles et les écoinçons des demies boules percées d'un trou (avec des petites feuilles pour l'une d'entre elles) et des fleurons perforés à leur base sont venus se loger.
Le panneau droit est orné d'un entrelacs formant une tresse à deux brins dont presque toute la moitié droite a disparu. Des disques percés d'un ou cinq trous meublent les espaces laissés par les brins. D'autres plus petits (sans perforation) s'intercalent entre les deux bordures et l'entrelacs.
Le panneau opposé présente deux oiseaux affrontés et vus de profil autour d'un vase. Leurs becs se rejoignent sous un disque percé de petits trous au-dessus du calice. Pour chacun d'entre eux l'œil est signifié par une petite perforation, tandis qu'un ou deux petits traits parallèles suivent la courbure de l'aile collée au corps. Les plumes caudales qui tombent au sol sont rendues par un ensemble de traits gravés. Les deux pattes du volatile droit comptent trois doigts distincts. Celui à gauche est également bipède mais seuls les trois doigts de la patte droite sont encore visibles. Le vase qu'ils encadrent a un large pied qui se resserre à mi-hauteur où il est percé à plusieurs reprises. Au premier plan il s'épanouit en une ouverture trifoliée décorée comme le pied de petits traits gravés.  Au-dessus des oiseaux, les deux angles supérieurs du panneau sont traversés par deux arcs de cercles ornés de chevrons. Enfin, sur deux côtés (le long côté gauche et celui de tête) la tranche du couvercle a été décorée. Sur le côté gauche dans trois encadrements en bourrelet correspondant à la traverse de tête, à celle du milieu et à l'espace compris entre elles deux, se développent successivement de larges feuilles évoquant une palmette stylisée, séparée par deux fleurons. Sur la tranche de la traverse de tête on retrouve les mêmes motifs (Flammin 2022).
Inscription
Oui
Texte de l'inscription

Septemo k(a)l(en)d(a)s iuni Le sept des calendes de juin. L'inscription située sur la bande supérieure est très endommagée, seule la dernière ligne qui correspond vraisemblablement au jour du décès du défunt est encore lisible. La mention de la date du décès demeure rare parmi la production poitevine de sarcophages inscrits, on ne la rencontre qu’une seule autre fois parmi la collection du baptistère, sur un couvercle d’enfant provenant d’Antigny (ID-9372). Les lettres ont des dimensions inégales. Leur hauteur varie entre 3 et 5 cm tandis que leur largeur s'échelonne entre 1 et 5 cm. Elles ne sont aujourd’hui que très peu profondes : environ 0,1 cm et sont rehaussées de rouge ; la couleur a été rajoutée postérieurement pour une meilleure lecture de l'inscription. Deux graffiti ont également été gravés : le premier, "DUMU" se trouve entre la sixième et la septième ligne de l'inscription, le second déjà cité est inscrit sur l'aile gauche de l'oiseau : "DURAT". Il est en revanche difficile d’interpréter les deux termes et d’y voir par exemple des graffitis nominaux comme ceux que l’on lit sur la cuve du sarcophage n°54 du baptistère Saint-Jean de Poitiers.

Datation
500 .. 699
Discussion
Le découvreur de ce couvercle, C. de La Croix, fut le premier à le décrire dans son étude sur les "Cimetières et les sarcophages mérovingiens du Poitou". Le décor végétal placé sur un côté de la tranche du couvercle indique selon lui qu'il était placé sous un arcosolium. Il compare les rinceaux à ceux des couvercles d'Antigny ainsi qu'à ceux du battant de la porte de l'hypogée des Dunes de Poitiers. Le petit cercle placé au-dessus du calice que deux colombes picorent représente d'après ce même auteur un pain eucharistique et l'aigle renvoie au symbole de Résurrection. Comme les autres sarcophages, il l'attribue au VIe ou au VIIe siècle. En 1892, E. Le Blant étudiant l'inscription de ce couvercle, indique que la forme des caractères peut appartenir au VIIe siècle. E. James ce couvercle dans le groupe le plus élaboré, le IV, caractérisé par une bordure végétale. Pour l'essentiel, ces pièces de luxe restent selon lui isolées au sein de la production poitevine. En effet elles comportent un décor plus soigné et composé de motifs végétaux ou zoomorphes. Mais, à la différence des quatre autres œuvres de ce groupe, il faut souligner que le n°53 conserve toujours le décor à bandes transversales caractéristique de la production poitevine. Il explique alors ce particularisme par le fait que ce sarcophage correspond à la première phase de production d'un artiste venu d'Egypte copte à la fin du VIe siècle ou au VIIe siècle conservant ce trait poitevin pour ensuite s'en affranchir en créant, à travers le n°46 par exemple, son propre style. A. Flammin et M. Coppola n’ont en revanche pas retenue l’hypothèse de l’exécution du décor de ces sarcophages par un artiste copte. Elles classent ce couvercle dans le groupe "des couvercles de sarcophages à décor végétal et symbolique du Poitou" et le datent de la 1ère moitié du VIIe siècle.
Publications
RONDEAU Pierre, « Compte-rendu et chronique. Séance du 15 novembre 1883 », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 2e série, vol. 3, 4e tr., 1883, p. 150-151.LA CROIX Camille de, « Cimetières et sarcophages mérovingiens en Poitou », Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1886, p. 274-276.ESPERANDIEU Émile, Notice du baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : Druinaud, 1890, p. 32.LE BLANT Edmond, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VIIIe siècle, Paris : Imprimerie nationale, 1892, p. 274-275, n° 257.BARRIERE-FLAVY Casimir, Étude sur les sépultures barbares du Midi et de l’ouest de la France : industrie wisigothique, Toulouse : Privat, 1893, p.216.LECLERCQ Henri, « Cercueils », Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, vol. 2, n° 2, 1910, col. 3274-3281.COUTIL Léon, L’art mérovingien et carolingien : sarcophages, stèles funéraires, cryptes, baptistères, églises, orfèvrerie et bijouterie, Bordeaux : Impr. J. Bière, 1931, p. 43, p. 58, pl. IX.GINOT Émile, Le Baptistère Saint-Jean de Poitiers et son musée lapidaire, Poitiers : [s.n.], 1934, p. 49, n° 53.PAPINOT Jean-Claude, « Les sarcophages », in Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : Robert Favreau, Gaston Dez, Yves-Jean Riou, Michel Rerolle, Yvonne Labande-Mailfert, 1976, p. 43-45.JAMES Edward, The Merovingian Archaeology of South-West Gaul, Oxford : [s.n.], 1977 (British Archaeological Reports, 2), I, p. 75, 77, 83, pl. 26 a et b ; II, p. 347.ROY Gérard, « L’église de Béruges », Bulletin de la Société des amis de Béruges, vol. 2, 1987, p. 9.CAMUS Marie-Thérèse, « Béruges (Coll. S.A.O., Baptistère Saint-Jean de Poitiers) (86) », in Romains et barbares entre Loire et Gironde - IVe-Xe siècles. Exposition au musée Sainte-Croix (Poitiers) - 6 octobre 1989 - 28 février 1990 à l’occasion de la tenue à Poitiers des XIe journées de l’association française d’archéologie mérovingienne du 5 au 8 octobre 1989, Poitiers : [s.n.], 1989, p. 88, notice 85.FLAMMIN Anne, Les couvercles de sarcophages à décor végétal et symbolique du Poitou, Poitiers : Université de Poitiers, 1993, p. 17-21, p. 32, p. 38-40, p. 44-45, p. 54-59, p. 61, p. 69-71, p. 116-119, fig. 46.COPPOLA Margherita et FLAMMIN Anne, « Les sarcophages au musée lapidaire du baptistère Saint-Jean de Poitiers. Classement typologique et étude iconographique », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 5e série, vol. 8, no 3e-4e tr., 1994, p. 197-212, 286-289, fig. 29.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, Poitiers, 1999, p. 507-510, fig. 61.FLAMMIN Anne, Le décor des sarcophages mérovingiens : étude iconographique, 30 ans de découvertes archéologiques à Béruges (Vienne), I. Bertrand, J.-P. Chabanne, S. Vidonne-Lebrun (dir.), Poitiers, 2008, p. 207-221.ROUGE Guillaume, Les sarcophages entre Loire et Pyrénées : observations et études par des critères techniques et morphologiques, Thèse de doctorat, Université de Bordeaux, [s.l.], 2014, n° BER-BRG-0053.FLAMMIN Anne, « La collection de sarcophages du Haut Moyen Âge réunie par la société des antiquaires de l'Ouest (baptistère Saint-Jean, Poitiers). Tome 1 : catalogue », : Société des antiquaires de l’Ouest, 2022 (Revue historique du Centre-Ouest, 20 (1er semestre 2021), p. 128-131.
Auteur(s) de la notice
Saisie de la fiche
Dernière MAJ
16 Feb 2024
Indiquer
A. Flammin, "16005 - Sarcophage - Église Saints-Gervais-et-Protais à Béruges - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/16005
 
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