Description du décor
Une fine bande d'environ 2 cm de large délimite le périmètre extérieur du couvercle. La surface ainsi entourée, est longée sur les grands côtés par une bordure de 8 cm de large où se développe une tige ondulée à laquelle se greffent des boucles qui s'enroulent sur leurs trois feuilles terminales. Celles-ci sont jointes, de formes allongées et rehaussées soit de petits traits superposés gravés, soit d'un quadrillage. Trois autres traits horizontaux meublent les écoinçons. Les boucles voient leurs tailles décroître en direction des pieds du couvercle dont la bordure est lisse et sans décor. La partie centrale, limitée par cet encadrement végétal, est divisée en deux zones. Dans la première, qui correspond au tiers supérieur de la hauteur, se lisent quelques lettres, restes d'une inscription vraisemblablement comprise dans un cartouche. Une longue croix, dont les extrémités ancrées s'ouvrent sur la demi-circonférence d'une boule, s'étend sur la seconde zone. Les branches verticales sont ornées de petites stries gravées formant des triangles alternés et d'un petit quadrillage sur l'extrémité ancrée inférieure. Les bras horizontaux, plus petits, ne sont pas décorés. L'intersection des bras de la croix est occupée par un médaillon où s'épanouit une fleur dont les pétales rayonnent autour d'un bouton rond. Au-dessus des bras horizontaux les deux espaces sont occupés à droite par deux cercles superposés divisés à l'intérieur en quatre quartiers répartis autour d'un petit cercle central, et à gauche par trois cercles dont l'entrelacement forme quatre petits compartiments : deux ovales striés et deux triangles renfermant un autre petit triangle. Le champ situé sous les deux bras horizontaux de la croix n'est pas décoré.
Discussion
Découvert lors des fouilles réalisées par C. de La Croix, ce couvercle fragmentaire fit l'objet d'une description dans son étude où il propose de le dater comme les autres tombeaux du VIe ou du VIIe siècle. Il remarque également des analogies de conception et d'exécution entre le décor de rinceau de sa bordure et celle du battant de la porte de l'hypogée des Dunes de Poitiers . E. Salin, dès 1952, rapproche le décor de ce petit couvercle de celui du n°46 du baptistère Saint-Jean. En raison de l'exécution du décor dans un relief semi-méplat mais aussi à cause des motifs conservés, A. Flammin l’a inclus dans le groupe appelé "couvercles de sarcophages à décor végétal et symbolique du Poitou, et, comme E. James, elle indique que ce couvercle de sarcophage appartient au même groupe que le n°46 mais qu'il a été réalisé par un artiste différent, peut-être au sein d'un même atelier . En effet, si les éléments du décor sont très proches de ceux du couvercle n°46, modèle et pièce majeure de ce groupe, leur exécution en est très éloignée. Ici les motifs sont le plus souvent gravés ou, pour donner l'illusion d'un relief semi-méplat, évidés par un trait profond périphérique, comme dans le cas de la croix ancrée. Sa composition iconographique est également très proche du couvercle n°46 : une croix dans la partie basse et un cartouche au-dessus. La partie haute fait défaut, mais il est tout à fait probable qu'il y ait eu une roue ou un chrisme . Le décor de bordure, une tige ondulée sur laquelle se greffe des boucles s'enroulant sur trois feuilles terminales, est semblable à celui du couvercle n°59 du baptistère. Ces enroulements ne sont pas sans rappeler les rinceaux végétaux de l'Antiquité tardive. En Gaule mérovingienne il s'apparente aux enroulements similaires d'une bordure d'une plaque de chancel de l'église Saint-Pierre-aux-Nonnains de Metz (VIIIe siècle) où seule la nature des feuilles change. Un autre parallèle peut être proposé avec les enroulements gravés d'une table en marbre d'un autel de l'église Saint-Pierre de Vienne. A. Flammin, qui a étudié son iconographie et le groupe auquel il est rattaché, a proposé de dater ce couvercle de la première moitié du VIIe siècle. Il a probablement été exécuté dans le même atelier par un individu moins habile. L’usage de la formule quod fecit pour introduire la date du décès pose elle le VIIe siècle pour la réalisation de l’inscription, la formule, utilisée notamment dans les chartes est caractéristique du VIIe siècle. Le haut degré de cohérence formelle entre décor et inscription montre que ce monument funéraire a été conçu d’emblée comme un objet épigraphique.
Publications
LA CROIX Camille de, « Cimetières et sarcophages mérovingiens en Poitou », Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1886, p. 264-265.ESPERANDIEU Émile, Notice du baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : Druinaud, 1890, p. 26.LE BLANT Edmond, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VIIIe siècle, Paris : Imprimerie nationale, 1892, p. 282-283.COUTIL Léon, L’art mérovingien et carolingien : sarcophages, stèles funéraires, cryptes, baptistères, églises, orfèvrerie et bijouterie, Bordeaux : Impr. J. Bière, 1931, p. 41.GINOT Émile, Le baptistère Saint-Jean de Poitiers et son musée lapidaire, Poitiers : Société des antiquaires de l’Ouest, 1934, p. 51.PAPINOT Jean-Claude, « Les sarcophages », in Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : Robert Favreau, Gaston Dez, Yves-Jean Riou, Michel Rerolle, Yvonne Labande-Mailfert, 1976, p. 43-44.JAMES Edward, The Merovingian Archaeology of South-West Gaul, Oxford : BAR, 1977 (British Archaeological Reports, 2), I, pl. 22 ; II, p. 347.FLAMMIN Anne, Le décor sculpté du couvercle de sarcophage mérovingien n°46 d’Antigny (Vienne), Poitiers : Université de Poitiers, 1992, p. 85, 120 et 122-123, fig. 53.FLAMMIN Anne, Les couvercles de sarcophages à décor végétal et symbolique du Poitou, Poitiers : Université de Poitiers, 1993, p. 34-35, 42, 60, 63-66 et 108-110, fig. 30.COPPOLA Margherita et FLAMMIN Anne, « Les sarcophages au musée lapidaire du baptistère Saint-Jean de Poitiers. Classement typologique et étude iconographique », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 5e série, vol. 8, 3e-4e tr., 1994, p. 197-212.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 487-488, fig. 48.ROUGE Guillaume, Les sarcophages entre Loire et Pyrénées : observations et études par des critères techniques et morphologiques, Thèse de doctorat, Université de Bordeaux, [s.l.], 2014, n° ANT-NEC-0066.UBERTI Morgane, Regards sur les inscriptions funéraires : pratiques, mémoires, identités entre Loire et Pyrénées, IVe- VIIIe siècles : contribution à l’étude du phénomène épigraphique en Aquitaine Seconde et Novempopulanie, Thèse de doctorat, Université de Paris IV - Sorbonne, Paris, 2014, vol. II, n° 41, p. 111-113.UBERTI Morgane, « Les sarcophages inscrits entre Loire et Pyrénées, IVe-VIIe siècles : pratiques, formes, contextes », in Les sarcophages de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge : fabrication, utilisation, diffusion. Actes des XXXe journées internationales d’archéologie mérovingienne, 2-4 octobre 2009, Bordeaux : Isabelle Cartron, Fabrice Henrion et Christian Scuiller, 2015 (Aquitania. Supplément, 34), p. 291.FLAMMIN Anne, « La collection de sarcophages du Haut Moyen Âge réunie par la société des antiquaires de l'Ouest (baptistère Saint-Jean, Poitiers). Tome 1 : catalogue », Poitiers : Société des antiquaires de l’Ouest, 2022 (Revue historique du Centre-Ouest, 20 (1er semestre 2021)), p. 150-153.