Texte de l'inscription
Selon M. Uberti :
Disposition sur deux lignes.
"Taurus vivat (in) Deo
Tauru(s) petram"
Que Taurus vive en Dieu, la pierre de Taurus.
Précédée d’une croix à branche égale de type diplomatique, l’inscription est gravée sur la traverse supérieure du décor. Les deux lignes du texte se développent sur une surface où les chevrons semblent avoir été en partie effacés, l’examen du profil du couvercle montrant par ailleurs un léger démaigrissement pour la surface inscrite. Ces observations supposent que l’inscription a été réalisée après la gravure du décor et a impliqué une retaille pour la préparation du champ épigraphique. Enfin, on observe une différence dans les modalités de gravures du nom propre – Taurus – et celle des mots qui l’accompagnent – Petram, vivat in Deo : sillons profonds pour le premier et moins profonds pour les autres. Les lettres, irrégulières dans leur taille, sont des capitales. La graphie présente des formes reconnues comme caractéristiques de l’époque mérovingienne . L’usage de la langue, montre des écarts par rapport au latin classique : l’usage de l’accusatif (petram) par exemple quand le latin classique requiert le génitif (petrae).
Discussion
Selon M. Uberti, lors de la découverte, le sarcophage et son inscription ont été mis en relation par le Père de La Croix avec le sarcophage inventorié n°7 du baptistère Saint-Jean qui lui était juxtaposé, ces deux sarcophages étant liés entre eux par de la maçonnerie. Ces deux inscriptions témoignent par ailleurs du même recours au petra pour désigner la sépulture, que l'on rencontre également dans l'inscription du couvercle numéro d'inventaire 86 du baptistère Saint-Jean. L'usage partagé du terme dans trois inscriptions, leur parenté graphique ainsi que la proximité topographique entre le sarcophage numéro d'inventaire 7 baptistère Saint-Jean et le n°3 avait conduit le Père de La Croix à considérer la contemporanéité des trois sarcophages dont la réalisation ne pouvait selon lui remonter au-delà du VIe siècle.
Cette synchronie supposée de l'usage des sarcophages ou encore de la réalisation des inscriptions doit toutefois être entendue de manière lâche : il faut en effet considérer la possibilité d'un maintien des formes graphiques sur un temps plus ou moins long ou encore des phénomènes d'imitation de formules exposées si les couvercles étaient visibles. Les formes des lettres et les variations langagières du latin dans l'inscription de Taurus vont dans le sens d'une réalisation de l'épitaphe plus vraisemblablement après la seconde moitié du VIe s., à l'instar de plusieurs des inscriptions provenant de la nécropole d'Antigny suivant les mêmes critères conservés au baptistère (baptistère n°3, n°5). Cette chronologie coïncide avec celle proposée par M. Coppola et A. Flammin pour la réalisation du décor dont la forme répond à la typologie du groupe III "couvercles à bandes transversales plates et décorées" où les bandes au relief peu prononcé (entre 1 et 2 cm d'épaisseur) sont l'unique lieu du décor. La production de ces couvercles de sarcophages est située entre le VIe et le VIIe siècle.
Publications
LA CROIX Camille de, « Seconde note sur les nouvelles inscriptions franques trouvées à Antigny (Vienne) », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 2e série, vol. 3, 4e tr., 1884, p. 404-409.LA CROIX Camille de, « Note sur une inscription franque trouvée à Antigny (Vienne) », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 2e série, vol. 3, 3e tr., 1884, p. 357-359.LA CROIX Camille de, « Cimetières et sarcophages mérovingiens en Poitou », Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1886, p. 259-260.ESPERANDIEU Émile, Notice du baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : Druinaud, 1890, p. 24.COUTIL Léon, L’art mérovingien et carolingien : sarcophages, stèles funéraires, cryptes, baptistères, églises, orfèvrerie et bijouterie, Bordeaux : Impr. J. Bière, 1931, p. 41.GINOT Émile, Le Baptistère Saint-Jean de Poitiers et son musée lapidaire, Poitiers : Société des antiquaires de l'Ouest, 1934, p. 45.BRAEKMAN Madeleine, « Croyances et cultes funéraires dans les épitaphes du Poitou et des pays charentais », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 4e série, vol. 16, 4e tr., 1982, p. 623.COPPOLA Margherita et FLAMMIN Anne, « Les sarcophages au musée lapidaire du baptistère Saint-Jean de Poitiers. Classement typologique et étude iconographique », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 5e série, vol. 8, 3e-4e tr., 1994, p. 197-212.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, Poitiers, 1999, p. 433, fig. 5.TREFFORT Cécile et UBERTI Morgane, « Identité des défunts et statut du groupe dans les inscriptions funéraires des anciens diocèses de Poitiers, Saintes et Angoulême entre le IVe et le IXe siècle », in Wisigoths et Francs autour de la bataille de Vouillé (507). Recherches récentes sur le haut Moyen Âge dans le Centre Ouest de la France. Actes des XXVIIIe journées d’archéologie mérovingienne, Saint-Germain-en-Laye : Luc Bourgeois, 2010, p. 201.ROUGE Guillaume, Les sarcophages entre Loire et Pyrénées : observations et études par des critères techniques et morphologiques, Thèse de doctorat, Université de Bordeaux, [s.l.], 2014, n° ANT-NEC-0003.FLAMMIN Anne, « La collection de sarcophages du Haut Moyen Âge réunie par la société des antiquaires de l'Ouest (baptistère Saint-Jean, Poitiers). Tome 1 : catalogue », Poitiers : Société des antiquaires de l’Ouest, 2022 (Revue historique du Centre-Ouest, 20 (1er semestre 2021)), p. 30-32.
Indiquer
A. Flammin, "9405 - Sarcophage - Cimetière mérovingien à Antigny - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/9405