Historique
Découvert lors de fouilles par le père Camille de La Croix sur la place publique d'Antigny entre 1884 et 1886. Don de la mairie d'Antigny au baptistère Saint-Jean, musée lapidaire de la SAO, en 1889.
N° d'inventaire dans le lieu de conservation
46
Etat de conservation
Le couvercle a subi quelques détériorations puisque la pierre est brisée en deux endroits. Il est composé de trois pièces. Une première cassure se situe juste au-dessus de la moitié inférieure du couvercle et la traverse obliquement de gauche à droite. La seconde scinde encore une fois, en deux parties à peu près égales, la zone coupée du reste du couvercle par la première cassure. C'est donc manifestement la partie inférieure de ce couvercle qui est la moins lisible : les sculptures sont rongées et difficilement identifiables (ce phénomène s'accentue en direction des pieds du couvercle). La cuve a également subi quelques dommages, surtout au niveau des pieds puisqu'elle est, en cet endroit, tronquée obliquement de haut en bas. Les quatre angles inférieurs - qui sont les parties les plus fragiles lors du transport - ont énormément souffert à la tête comme aux pieds. À différents endroits, la cuve se fissure dans la hauteur et elle a été grossièrement restaurée à l'aide de plâtre, de ciment tenu par des tiges en fer dans les angles.
Précision sur le matériau
Le couvercle a été taillé dans un calcaire biodétritique assez fin, à débris, avec de rares points spathiques et quelques fossiles dont une grosse radiole et deux gros éléments d'encrines. Il s'agit du calcaire périrécifal du Jurassique Supérieur affleurant le long de la Gartempe aux environs de Saint-Pierre-de-Maillé et le long de l'Anglin en aval et en amont d'Angles-sur-Anglin (Vienne). La cuve est façonnée dans un calcaire très voisin en raison de sa patine, mais sans fossiles visibles comme sur le couvercle (étude réalisée par C. et J. Lorenz en 1992).
Dimensions en cm
Couvercle : L. 218 x l. tête 84 / l. pieds 37 x E. 16/23. Cuve : L. 188/198 x l. tête 75 / l. pieds 36 x H. 51.
Type et technique de sculpture
Type.Semi-méplatTechnique.Gravure
Typologie
Mobilier funéraire.Sarcophage
Morphologie
Le couvercle et la cuve affecte un plan trapézoïdal et le couvercle est plat.
Décor
GéométriqueSymboliqueVégétalFiguratif
Description du décor
Le décor couvre entièrement la surface du couvercle avec un relief semi-méplat. Une large bordure d'environ dix cm entoure une surface trapézoïdale qui est divisée en trois espaces. Cet encadrement est composé d'une tige continue (en bourrelet) sur laquelle se greffe de part et d'autre une suite de demi-palmettes symétriques. Elles ont des feuilles stylisées qui se superposent et leurs limbes comportent un petit évidement peu profond en forme d'amande qui donne du relief à chaque feuille. Dans l'angle intérieur, à l'endroit où elles naissent de la tige et au sommet de leurs feuilles se trouve, dans la majorité des cas, une petite boule. Les demi-palmettes se développent sur leur axe dans un mouvement ascendant des pieds vers la tête du couvercle en longeant les deux côtés longitudinaux pour se retrouver face à face autour d'un petit motif allongé dont les extrémités sont terminées par trois ornements trifoliés. L'espace circonscrit par cette bordure est lui-même encadré par un petit bourrelet continu qui sépare et isole également chacune des trois parties distinctes du décor de ce couvercle. Ces dernières sont d'inégales dimensions : la partie supérieure prend un peu moins d'un tiers de la surface globale, celle du milieu 1/10e et la partie inférieure presque les deux tiers. La zone supérieure est entièrement occupée par une grande rosace ou roue aux huit rayons qui partent d'un cercle central orné de cercles emboîtés (du plus petit au plus grand). Ces rayons ainsi que le cercle extérieur délimitant la rosace sont formés de ce que l'on a appelé des bourrelets continus. L'extrémité de chaque rayon se dédouble pour former des boucles s'incurvant vers l'extérieur contre la tige (comme des crosses végétales) qui comprennent chacune un motif floral : bouton rond simple ou striés, fleur à trois pétales ou plus, tourbillons. Des fleurs d'un plus gros calibre ont été également sculptées entre chaque rayon : fleurs à cœur rond et quatre pétales rayonnant, à stries sur tout le pourtour. Enfin, à l'extrémité des rayons (entre la paire de boucles) et entre chacun d'entre eux (entre deux boucles extérieures et deux rayons) la demi-circonférence d'une petite boule a été sculptée. Cette grande rosace est encadrée, dans les angles supérieurs, par deux oiseaux affrontés, stylisés et vus de profil. Leurs ailes, collées au corps, ne sont signalées que par quelques traits gravés. Un point imprimé figure l'œil et leurs têtes se terminent par un petit bec pointu. Les pattes du volatile de gauche sont simplement formées par deux petites tiges côte à côte. Seule celle de gauche est terminée par un petit arc de cercle (figurant les griffes). Dans l'angle droit l'oiseau n'a qu'une patte, terminée par un arc de cercle et le détail de sa cuisse. Devant leur bec ainsi que dans les angles supérieurs se trouve un petit ornement trifolié. Un feuillage plus dense avec de longues et fines feuilles épouse les deux angles inférieurs. La partie médiane du couvercle correspond au trapèze qui forme le cartouche. Il est coupé dans sa hauteur en trois parties : deux petits côtés égaux lisses encadrent la zone centrale beaucoup plus large qui comporte çà et là de petites traces en creux désordonnées. Ce cartouche est séparé des deux autres parties par un petit cadre en bourrelet. Une longue et étroite croix ancrée aux bras légèrement évasés s'étend sur la partie inférieure. La demi-circonférence d'une petite boule a été placée au centre des ancres de chaque bras. Entre la barre supérieure et les bras horizontaux des anneaux entrelacés meublent l'espace laissé libre : on en compte sept ou huit à gauche et six à droite. Leurs entrelacements créent quatre compartiments occupés par de petits ovales décorés d'une croix ou par la demi-circonférence d'une boule de chaque côté d'une barre et par des fleurons. Sous les bras horizontaux, disposés symétriquement des deux côtés de l'axe vertical de la croix, trois paires de motifs différents séparés par un petit bourrelet se superposent. Immédiatement sous les bras, une longue tige terminée par une fleur ovoïde est encadrée par trois longues feuilles de dimensions croissantes. Au-dessous deux autres rosaces à huit pétales rayonnants sont comprises dans un espace carré. Plus bas deux rubans à simple brin s'entrelacent : celui de droite est presque totalement effacé.
Discussion
Le découvreur de ce couvercle, C. de La Croix, propose de dater ce couvercle entre le VIe et le VIIe siècle. Il reconnaît dans les deux oiseaux des colombes, des tulipes dans les fleurs au-dessus des bras de la croix et note que l'inscription dans le cartouche a été martelée. En 1937, puis en 1950, J. Baum et E. Nash-Williams l'attribuent au VIIIe siècle sans apporter d'arguments. Dès 1952, E. Salin compare son décor avec ceux d'Egypte copte et d'Italie des VIIe et VIIIe siècles, avec les monuments syriens du VIIe siècle et les sarcophages du Pays de Galles. Il le trouve également très proche du couvercle de sarcophage de l'évêque Boéthius qui comme lui est composé de trois parties et note que la grande rosace traduit peut-être le chrisme accompagné de deux colombes. Excepté ces quelques remarques isolées, il faudra attendre 1977 pour qu'une étude plus approfondie soit réalisée par E. James sur le décor des sarcophages poitevins et notamment le n°46. Il l'inclut au sein du groupe IV "des couvercles avec une bordure végétale", comprenant les couvercles n°32, n°44/45, n°46, et n°66 d'Antigny et le n°53 de Béruges, qu'il considère comme le plus élaboré et influencé par ceux du groupe V ("à décor de cordes"). Les œuvres sculptées du groupe IV ont en effet un décor de rosaces délimitées par des cercles formant des cordes (avec parfois des boucles dans les angles), une variante du simple décor de corde qui s'étend sur les couvercles du groupe V. Pour l'essentiel, ces pièces de luxe restent, selon lui, isolées surtout au sein de la production poitevine. En effet leur ornementation est plus soignée et consiste en un décor végétal et zoomorphe. De plus ces couvercles ne présentent plus le décor à bandes transversales caractéristique de la production des sarcophages poitevins. Il réfute le parallèle établi entre le sarcophage n°46 et celui de l'évêque Boéthius car ce dernier est, selon lui, trop "géométrique" et préfère le rapprocher de l'art des stèles coptes dont la date oscille entre le Ve et le VIIe siècle. Leurs techniques, leurs motifs et certaines de leurs structures au dessin tripartite sont similaires. Il propose de voir dans la petite production du groupe IV, l'œuvre d'un artiste venu d'Egypte copte à la fin du VIe ou du VIIe siècle. Installé à Poitiers ou dans sa proche région, il aurait d'abord produit le n°53 du baptistère provenant de Béruges (Vienne) conservant le schéma à bandes transversales typiquement poitevin mais avec des motifs empruntés à l'art copte. Par la suite il se serait affranchi du particularisme poitevin pour créer, à travers le n°46, son propre style. D'autres œuvres comme les panneaux sculptés découverts sur le site de l'église Notre-Dame-l 'Ancienne de Poitiers révélant la même technique de taille mais aussi les mêmes motifs végétaux et zoomorphes, pourraient selon cet auteur avoir été produites par ce même artiste ou au sein de son atelier. Il souligne que durant la même période les sarcophages parisiens en plâtre offrent des motifs identiques même si les techniques et les matériaux sont très différents. Des stèles funéraires de Bourges présentent également, toujours selon ce même auteur, des affinités de style et d'iconographie avec le groupe IV. Mais il note que ce qui différencie nettement ces sarcophages du reste de la production en Gaule c'est, qu'à ces décors très riches, sont associées des inscriptions que l'examen épigraphique rattache au VIIe siècle. En replaçant son étude dans un cadre historique et politique il tente ensuite d'expliquer la présence de ces sarcophages richement décorés. Il écarte d'abord toute contemporanéité entre ces couvercles et ceux richement décorés du Sud-Ouest de la France, région qui à la fin de l'époque gallo-romaine, a connu une renaissance culturelle notamment dans les trois centres de Bordeaux, Toulouse et Narbonne. Ces derniers ont été pour un temps les lieux de résidence des rois wisigoths. Mais, avec les invasions franques en Aquitaine et en Septimanie, ces villes ont perdu leur importance politique au profit des vallées de la Loire et de la Seine qui devinrent le cœur de la vie politique et religieuse des royaumes mérovingiens à la fin du VIe siècle et au VIIe siècle. Il n'est alors pas étonnant selon E. James que "de luxueux articles funéraires, autrefois produits dans la vallée de la Garonne, soient maintenant trouvés dans le lointain nord de l'Aquitaine romaine et mérovingienne". En Poitou il suggère que, dans la seconde moitié du VIe siècle, quand Fortunat était évêque de Poitiers, une inspiration serait venue de l'Est. Quelques années plus tard, dans un article où il propose d'étudier les emblèmes oubliés des représentations du Christ, P. Reuteswärd reconnaît l'équivalent roman de la roue du couvercle n°46 dans celle sculptée au tympan de l'église de Jaca en Espagne datant de la fin du XIe siècle. Dans le cadre de travaux universitaires, A. Flammin a étudié l’iconographie et le style du décor sculpté de ce sarcophage en démontrant sa dépendance vis-à-vis des modèles tardo-antiques (sarcophages dits de la Passion). Il est classé par ce même auteur et par M. Coppola dans le groupe appelé "les couvercles de sarcophages à décor végétal et symbolique du Poitou" (groupe VII). En 1995, P. Skubiszewski attribue la production des sarcophages du Poitou au VIIe et au VIIIe siècle après celle de l'école d'Aquitaine (ou du Sud-Ouest) et note que "l'ornementation géométrique et les symboles propres à l'art funéraire chrétien" des sarcophages d'Antigny" sont fréquemment réunis en compositions qui exaltent l'œuvre victorieuse de la croix".
Publications
LA CROIX Camille de, « Cimetières et sarcophages mérovingiens en Poitou », Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1886, p. 269-270.COUTIL Léon, L’art mérovingien et carolingien : sarcophages, stèles funéraires, cryptes, baptistères, églises, orfèvrerie et bijouterie, Bordeaux : Impr. J. Bière, 1931, p. 42.GINOT Émile, Le Baptistère Saint-Jean de Poitiers et son musée lapidaire, Poitiers : Société des antiquaires de l'Ouest, 1934, p. 48-49.BAUM Julius, La sculpture figurale en Europe à l’époque mérovingienne, Paris : Les éditions d’art et d’histoire, 1937, p. 115.HAMANN-MAC LEAN Richard, « Merovingisch oder Frühromanisch? Zur Selbstbestimmung der frühmittelalterlichen primitiven Steinskulptur und zur Geschichte des Grabmals im frühen Mittelalter », Jahrbuch des Römisch-Germanischen Zentralmuseum Mainz, vol. 4, 1957, p. 185, pl. 22.PAPINOT Jean-Claude, « Les sarcophages », in Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : Robert Favreau, Gaston Dez, Yves-Jean Riou, Michel Rerolle, Yvonne Labande-Mailfert, 1976, p. 43-45.JAMES Edward, The Merovingian Archaeology of South-West Gaul, Oxford : BAR, 1977 (British Archaeological Reports, 2), vol. I, p. 75-77, pl. 24 a et b ; vol. II, p. 347.LORENZ Claude et LORENZ Jacqueline, « Examen pétrographique du sarcophage n°46 d’Antigny (Vienne) », in Le décor sculpté du couvercle de sarcophage mérovingien n°46 d’Antigny (Vienne). Mémoire de maîtrise dactylographié, Anne Flammin, université de Poitiers, [s.l.] : [s.n.], 1992 (Annexe I), p. 166-168.FLAMMIN Anne, Le décor sculpté du couvercle de sarcophage mérovingien n°46 d’Antigny (Vienne), [s.l.] : Université de Poitiers, 1992.COPPOLA Margherita et FLAMMIN Anne, « Les sarcophages au musée lapidaire du baptistère Saint-Jean de Poitiers. Classement typologique et étude iconographique », Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, 5e série, vol. 8, 3e-4e tr., 1994, p. 197-212.SKUBISZEWSKI Piotr, L’arte europea dal VI al IX secolo, Turin : UTET, 1995, p. 66-68.SKUBISZEWSKI Piotr, L’art du haut Moyen Âge. L’Art européen du VIe au IXe siècle, Paris : Librairie générale française, 1998, p. 109-110.FLAMMIN Anne, « La collection de sarcophages du Haut Moyen Âge réunie par la société des antiquaires de l'Ouest (baptistère Saint-Jean, Poitiers). Tome 1 : catalogue », Poitiers : Société des antiquaires de l’Ouest, 2022 (Revue historique du Centre-Ouest, 20 (1er semestre 2021), p. 122-126.
Media (image, audio, video ...)
Indiquer
A. Flammin, "9369 - Sarcophage - Cimetière mérovingien à Antigny - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/9369