20491 - Sarcophage - Prieuré de Saint-Orens à Auch - Gers (32)

 Sculpture: id 20491

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Objet
Sarcophage
Historique
Petite cuve de sarcophage qui se trouvait avant 1789 dans l’église de l’ancien prieuré clunisien Saint-Orens à Auch. Elle passait pour avoir contenu le corps d’un saint évêque d’Eauze, Clair, mort vers 510. Le fait est très improbable, en raison de ses faibles dimensions. Après la démolition de l’église Saint-Orens, Pierre Sentetz, Inspecteur des Antiquités et bibliothécaire de la ville d’Auch, la transporte dans sa maison de campagne. En novembre 1806, Alexandre Du Mège lui écrit pour le féliciter d’avoir retiré le sarcophage des ruines de l’église. Il lui en demande un dessin et ajoute : «Ayez, je vous prie, le soin que l'artiste n'en envoie pas une copie à Paris, je désire publier le premier cet intéressant monument ». L’archéologue auscitain en fit don au musée de Toulouse en octobre 1834. La cuve est aujourd'hui conservée au musée Saint-Raymond.
N° d'inventaire dans le lieu de conservation
Ra 825
Statut MH
Non protégé
Etat de conservation
Complet.
Le revers du sarcophage est lisse à l’exception d’une zone inférieure finement piquetée. L’intérieur, seulement dégrossi, présente les renforcements à la base des petits côtés, caractéristiques des sarcophages du Sud-Ouest de la Gaule.
Remploi
Non
Matériau
Marbre
Précision sur le matériau
Marbre blanc à gros grains.
Dimensions en cm
Cuve : panneau principal : H. 43 ; L. 42 (haut) - 141 (bas).
Côtés : l. 59 (haut) - 54 (bas) ; Ep. 8,5.
Prof. 35.
Type et technique de sculpture
Technique.TailleType.Bas-relief
Outil
Ciseau
Typologie
Mobilier funéraire.Cuve de sarcophage
Morphologie
Cuve de sarcophage rectangulaire.
Détermination
Assurée
Décor
Figuratif
Iconographie
Nouveau Testament - Résurrection.Résurrection de LazareNouveau Testament - OranteAncien Testament - Histoire d'Abraham.Sacrifice d'Isaac par AbrahamAncien Testament - Création.Adam et EveAncien Testament - Histoire de Daniel.Daniel dans la fosse aux lions
Description du décor
La cuve de sarcophage rectangulaire se rattache au groupe à frise continue et scènes juxtaposées, par la forme, la composition des scènes, ainsi que par les divers motifs iconographiques.
Sur la face principale, on reconnaît à gauche la résurrection de Lazare. Marie s est jetée aux pieds de Jésus. Son corps minuscule se tasse devant le tombeau à colonne et fronton qui contient le corps de son frère enveloppé dans un suaire, vu en buste et légèrement de profil. Le Christ, encadré par deux apôtres, tient d'une main la baguette thaumaturgique et de l’autre un volumen. Vient ensuite une Orante entre deux saints représentés au second plan. Elle évoque l’âme fidèle dans le Paradis des bienheureux. Le centre de la composition est occupé par un autre miracle, celui de la multiplication des pains, qui préfigure le sacrement de l’eucharistie. Cette intention est clairement affirmée par le fait que Jésus bénit non seulement une corbeille mais aussi une coupe. À ses pieds sont posées trois autres corbeilles remplies de pains. La dernière scène, avec le sacrifice d’Isaac, évoque le salut promis à l’innombrable postérité du patriarche, c’est-à-dire au nouveau peuple élu. Deux traits méritent de retenir l’attention, parce qu’ils sont exceptionnels. À l’ange qui, habituellement, retient la main du patriarche, on a substitué trois personnages masculins. Raffaele Garrucci et Guiseppe Wilpert ont reconnu les trois « hommes » de la théophanie de Mambré. Leur présence justifie celle de Sara, visible derrière Isaac. L’explication d’ensemble a été fournie par Serafin Moralejo (Moralejo Alvarez 1977), qui a vu dans cette composition complexe la synthèse de deux épisodes successifs de la Genèse, couramment associés jusque-là, mais pour la première fois combinés : l’annonce de la naissance miraculeuse d’Isaac, préfigure de l’Annonciation, et son sacrifice, annonciateur de celui de la croix. Une idée commune, reprise dans les mêmes termes par la Genèse pour les deux épisodes, les unit étroitement et explique la hardiesse du sculpteur qui ne fait que se mettre à l’écoute du texte sacré : « Abraham deviendra un grand peuple et par lui se béniront toutes les nations de la terre » (Genèse, 18, 18), et « par La postérité se béniront toutes les nations de la terre » (Genèse, 22, 18).
L’idée messianique, identifiée par les chrétiens avec le salut par le Christ, a également déterminé le choix des sujets pour les deux petits côtés du sarcophage. Entre deux colonnettes galbées, reposant sur de hauts bahuts, apparaissent, sous la forme ordinaire, la Tentation d’Adam et Ève à gauche et Daniel entre les lions à droite. Un lien symbolique unit l’acte par lequel le mal et la mort sont entrés dans le monde, et l’espérance du salut. Mais ces deux scènes sont également unies à toutes celles qui se développent sur la face principale, par l’intermédiaire des deux motifs placés aux extrémités de cette dernière. Près d’Adam et Ève, Lazare, apparemment prisonnier de son tombeau, est rappelé à la vie par le Christ, cependant qu’à proximité de Daniel, on a dressé un autel sur lequel l’Agneau s’offre lui-même en sacrifice au Père. Une seule flamme pour le même holocauste.
Inscription
Non
Datation
325 .. 350
Discussion
A propos du style, on a parfois dénoncé la raideur des personnages « boursouflés et tourmentés », la confusion d’une composition qui manque d’air, la difficulté éprouvée par l’artiste pour faire saillir les volumes et pour rendre le mouvement. En fait, c’est à un essai de renouvellement de la plastique qu’on assiste, à travers une apparente fidélité aux valeurs traditionnelles. Ce n’est pas par hasard que les sculpteurs de la « renaissance romane » du XIe siècle se sont inspirés de préférence d’œuvres semblables pour définir leur propre style. La carrure des formes, la symétrie affirmée, la recherche de nouveaux rythmes sont l’indice d’une volonté, consciente ou non, d’accorder les formes à la spiritualité du temps.
Abstraction faite de quelques détails, le sarcophage de Saint-Orens d’Auch est identique à un sarcophage de l’église de Lucq-de-Béarn (Le Blant 1886, p. 100-103, n° 121 et pl. XXVII, fig. 1, 2, 3). Il y a non seulement ressemblance entre les scènes représentées, mais également similitude dans le style. Dans les deux cas l’influence des sarcophages de Provence demeure forte.
L’attention est attirée par le trou percé à la partie inférieure de la face latérale gauche. On peut imaginer qu’il fut pratiqué pour un usage profane, lorsque le sarcophage était la propriété de Pierre Sentetz, mais on doit aussi se souvenir que Paul-Albert Février a indiqué que dans les sarcophages d’Arles des ouvertures au nombre d’une ou de trois ne sont pas rares : « elles équivalent à ce que représente le conduit à libation » (Février 1979). Le poids de la tradition demeurait considérable dans une société dont la christianisation était encore récente.
Zone de production : Sud-Ouest.
Sources manuscrites
MEGE Alexandre du, Lettre à Pierre Sentezt, novembre 1806, Correspondance. Bibliothèque municipale de Toulouse, ms 1194, f. 16.SENTEZT Pierre, Lettre à Alexandre du Mège, 12 octobre 1834, Correspondance. Archives municipales de Toulouse, Archives du Musée des Augustins, dossier 1834.GUILHERMY Ferdinand de, Description des localités de la France, Manuscrits, Paris, BnF, [s.d.], Département des manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises, 6110, f° 289, f° 290 v, n° 2, f° 328, n° 93, f° 340.MEGE Alexandre du, Description du Musée des antiques de Toulouse, Toulouse, novembre 1844. Archives municipales de Toulouse, Registre 55219, p. 799-801, 803.
Publications
BRUGELES Louis-Clément de (Dom), Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch, Toulouse : Jean-François Robert, 1746, p. 322.MEGE Alexandre du, Description du musée des antiques de Toulouse, Toulouse : Douladoure, 1835, p. 180-183, n° 443.MEGE Alexandre du, « Recherches sur l’ancienne église de Saint-Orens d’Auch », Mémoires de l’académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, IV, n° 2, 1837, p. 227-228.MEGE Alexandre du, Mémoire sur l’ancien monastère de Saint-Orens, à Auch, Paris : Imprimerie royale, 1843, p. 6, p. 11-12.LAFFORGUE Prosper, Histoire de la ville d’Auch depuis les Romains jusqu’en 1789, Auch : L. A. Brun, 1851, II, p. 219.ROSCHACH Ernest, Catalogue des antiquités et objets d’art, Toulouse : Impr. de L. Viguier, 1865, p. 302-303, n° 811.CANETO François (abbé), Prieuré de Saint-Orens d’Auch : étude historique et monumentale, Auch : Félix Foix, 1873, p. 306.GARRUCCI Raffaele, Storia dell’arte cristiana nei primi otto secoli della chiesa. 5. 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Dritter Band, Frankreich, Algerien, Tunesien, Mayence : Philipp von Zabern, 2003, p. 246-247, n° 514, pl. 125 : 1 à 3.MUSEE SAINT-RAYMOND, L’ essentiel des collections / Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, Toulouse : Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, 2011 (Les guides du MSR), p. 62, 63.BARTHET Laure, JACQUET Claudine, et MUSEE SAINT-RAYMOND, Wisigoths : rois de Toulouse [Catalogue d’exposition, Toulouse, Musée Saint-Raymond, 27 février - 27 décembre 2020], Toulouse : Musée Saint-Raymond, 2020, p. 156-160.
Littérature grise
MATSAKIS P., L’art des sarcophages paléochrétiens de Toulouse (Ve-VIIe siècles), Mémoire de D.E.S. : Faculté des Lettres et Sciences humaines de Toulouse, 1956, p. 33-41, pl. III, a, b, c.LANDES Christian, Inventaire de la collection paléochrétienne du musée des Augustins, Mémoire manuscrit : Toulouse, 1977, p. 21-22, n° 22.DEROO Christophe, La sculpture funéraire chrétienne du département de la Haute-Garonne antérieure à l’an mil, Mémoire de maîtrise : Université de Toulouse Le Mirail, 1981, p. 171-176, n°67 et pl. XXXVIII, b, c ; XXXIX, a.
Dernière MAJ
26 Sep 2025
Indiquer
C. Deroo, M. Durliat, M. Scellès, A. Devillechaise, "20491 - Sarcophage - Prieuré de Saint-Orens à Auch - Gers (32)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/20491
 
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