20442 - Sarcophage - Basilique Saint-Sernin à Toulouse - Haute-Garonne (31)

 Sculpture: id 20442

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Objet
Sarcophage
Historique

Sarcophage dit du comte Guillaume Taillefer. Grand sarcophage à personnages placé au fond de l'enfeu des comtes de Toulouse dans la basilique Saint-Sernin (dans cet enfeu sont conservés quatre sarcophages: celui-ci, ID-20444, ID-20445 et ID-20446).

Il est porté par trois colonnettes sur le devant, par deux piliers maçonnés en arrière. La tradition l’attribue au comte Guillaume Taillefer. Les supports, refaits au XIXe siècle, ne dataient que de l’époque gothique. On a conservé une colonnette entière et la moitié inférieure d’une autre (Musée des Augustins, Me 230-231-232 et Me 233-234).

Le couvercle, plus grand que la cuve, ne lui appartenait pas à l’origine.

1906/11/09 : classé au titre objet

Statut MH
Classé au titre des Monuments Historiques
Etat de conservation
Seul manque l'angle supérieur gauche de la face principale du couvercle.
Remploi
Non
Matériau
Marbre
Précision sur le matériau
Marbre blanc (cuve) ; marbre gris-blanc (couvercle).
Marbre des Pyrénées.
Dimensions en cm
Cuve : panneau principal : H. 51 (gauche) - 50 (droite) ; L. 205 (haut) - 200 (bas).
Côté gauche : l. 67.
Côté droit : l. 68.
Couvercle : H. 41 (droite) ; L. 214 (en face principale) ; l. 69 (droite) ; Ep. 12 (fronton).
Type et technique de sculpture
Technique.TailleType.Bas-relief
Outil
Ciseau
Typologie
Mobilier funéraire.Sarcophage
Morphologie
Cuve rectangulaire.
Couvercle plat à plaque frontale.
Détermination
Assurée
Décor
FiguratifSymboliqueVégétal
Iconographie
Nouveau Testament - Miracles de Jésus.Multiplication des pains et des poissonsNouveau Testament - Cycle de l'enfance de Jésus.Jésus entre les apôtres conversant : "Adoratio apostolorum"Nouveau Testament - Vocation des apôtres.Collège apostolique
Description du décor
Sarcophage architecturé à personnages sous arcature en mitre.
Sur la face principale de la cuve le Christ en position centrale et huit apôtres symétriquement disposés sont encadrés par des arcades triangulaires. Celles-ci retombent sur des colonnettes cannelées en torsade par l’intermédiaire de chapiteaux inspirés du composite, avec une seule rangée de feuilles nues. Dans chaque écoinçon se trouve un vase d’où s’échappent des vrilles, très symétriquement dessinées.
Les petits côtés sont actuellement invisibles, masqués par deux sarcophages voisins, mais Edmond Le Blant en a publié des dessins pris spécialement pour son recueil par Ernest Roschach, alors conservateur du musée des Augustins. Dans chaque cas, la scène est encadrée par une colonnette semblable à celles de la face principale et par un pilastre cannelé et rudenté. À gauche, un buste est vu de profil dans un médaillon à lemnisques. Celui-ci est soulevé par deux personnages vêtus du pallium : une de leurs jambes est dressée et s’appuie sur un support, l’autre semble se soulever légèrement du sol. Deux rideaux sont relevés de chaque côté, comme on le faisait dans l’art païen pour manifester l’apparition du dieu. Cette image d’apothéose ou de salut est mise en relation, sur le petit côté de droite, avec ce que l’on doit interpréter comme une représentation du tombeau du Christ encadré par deux apôtres.
L’aedicula a la forme d’un petit temple dont le fronton triangulaire, marqué de la croix monogrammatique, est soutenu par deux colonnes à chapiteaux. Il se dresse sur un podium appareillé, et sa porte à deux battants est close.

Le couvercle, plus grand que la cuve, et d’un style légèrement différent, paraît avoir appartenu à l’origine à un autre sarcophage. C’est un couvercle-dalle avec une frise frontale divisée en trois compartiments par des pilastres à deux cannelures rudentées. Dans celui du milieu, le Christ debout est encadré par quatre de ses disciples. À gauche est représenté le miracle de Cana : le Christ, accompagné de trois apôtres, se penche sur une jarre posée à même le sol et la touche de sa baguette. Un autre symbole eucharistique se développe symétriquement : il s’agit de la scène de la multiplication des pains. Le Christ, toujours accompagné de trois apôtres, bénit deux corbeilles. À chaque extrémité, un génie ailé, nu, tient une torche renversée. Le motif emprunté à l’art funéraire païen, est clairement visible à droite. À gauche, il n’en subsiste que la partie inférieure, l’angle supérieur de la frise ayant ici été écorné.
Les deux côtés latéraux du couvercle offrent le motif du dauphin, fréquemment représenté à cet, endroit sur les couvercles-dalles. Sur le petit côté gauche, et comme à l’accoutumée, l’animal s’apprête à avaler un poulpe. À droite, par contre, on a sculpté devant la gueule de l’animal un chrisme surmonté d’une palme. On ne pouvait exprimer plus clairement l'idée de salut qui s’attache au symbolisme de l’animal. Une fleur à quatre pétales orne l'extrémité de chacun des petits côtés, à la suite de la queue enroulée en boucle du mammifère marin.
Inscription
Non
Datation
350 .. 450
Discussion
La forme générale [de l'aedicula du petit côté droit] rappelle celle d’une famille d’édifices funéraires antiques et de martyria, alors que les représentations les plus anciennes du tombeau du Christ renvoient d’ordinaire à un petit édifice composé d’un socle cubique supportant une partie cylindrique au toit conique (Grabar 1946, I, p. 270-271). Sur l’une de celles-ci, un ivoire du Bayerisches Nationalmuseum de Munich, des environs de 400 (Grabar 1946, I, pl. XVI, 2), la porte est encadrée par deux niches contenant des personnages drapés. Ils correspondent, d’une certaine manière, aux apôtres cantonnant l'aedicula de Toulouse.
Un sarcophage de la cathédrale de Rodez provenant du cimetière Saint-Amans de cette ville adopte la même iconographie d’ensemble, tout en introduisant quelques variantes plus ou moins importantes et parfois significatives (Boube 1958). Sur la face antérieure, également décorée d’un portique, le Christ et huit apôtres prennent place sous des arcs alternativement en plein cintre ou en mitre. Les écoinçons sont ornés soit de rosettes soit de motifs en S alternant deux à deux. Sur la face latérale droite réapparaît le Saint- Sépulcre exactement sous la forme qui est la sienne à Toulouse. Les apôtres sont toujours présents et l’un d’eux lève la main droite en un geste d acclamation, ce qu'on ne peut vérifier sur le dessin publié par Le Blant.
Pour le petit côté de gauche, on a choisi une composition qui n’existe pas sur le sarcophage de l’enfeu des comtes de Toulouse. « Le Christ barbu est assis sur une chaire à haut dossier rigide, et tient dans sa main gauche le rouleau de la Loi. A ses côtés deux apôtres attentifs sont assis sur des tertres de gazon, dans des attitudes familières, et écoutent le Maître». Jean Boube reconnaît dans cette scène une simplification du thème du Christ Docteur que l’on voit sur des sarcophages d’Arles et de Marseille et il ajoute que les tertres évoquent peut-être « le Sermon sur la montagne, dont les bienheureuses promesses d’éternité sont à leur place sur les tombeaux, comme y est aussi à sa place la figuration du Saint-Sépulcre, promesse de résurrection, qui décore le côté droit ». Ajoutons qu’avec les apôtres représentés sur les petits côtés, les douze membres du collège apostolique sont au complet à Rodez et sans doute à Toulouse. Ce seraient donc bien deux d’entre eux qui présentent ici l’image de leur maître dans un médaillon.
Quant au style des sculptures, les termes employés par Jean Boube pour le sarcophage de Rodez conviennent parfaitement pour celui de l’enfeu des comtes. Il y voit une pâle imitation des sarcophages d’Arles du IVe siècle « à décor architectural, où l’on retrouve à la fois les colonnes torses, l’alternance des arcs cintrés et triangulaires et les figures d’apôtres groupées autour du Christ et tenant comme lui le rouleau de la Loi. Mais alors que les figures d’Arles se présentent en haut-relief, que les drapés sont riches et profonds, que les colonnades sont projetées en avant grâce à la profondeur des niches qui créent des zones d’ombres, et à l’ajourement des colonnes détachées de la masse, la sculpture de Rodez est pauvre, étriquée, avec ses personnages étouffés dans des niches étroites, ses drapés incertains et souvent maladroits, aux plis sans profondeur, ses colonnes plaquées sur une façade dont l’architecture pourrait fort bien se passer d’elles ».

Atelier du Sud-Ouest.
Atelier : Toulouse ; 2e tiers du Ve s. (Repertorium)
2e moitié du IVe s.-déb. Ve s. (Cazes)
Sources manuscrites
GUILHERMY Ferdinand de, Description des localités de la France, Manuscrits, Paris, BnF, s.d. BnF, Département des manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises, 6110, f° 132.
Publications
CATEL Guillaume, Histoire des comtes de Toulouse, Toulouse : Pierre Bosc (imprimeur-libraire), 1623, p. 110-111.VIC Claude de, VAISSETE Joseph et ROSCHACH Ernest, Histoire générale de Languedoc : avec des notes et les pièces justificatives, Toulouse : Privat, 1733, t. II, pl. h.-t. en face de la p. 173.VIC Claude de, VAISSETE Joseph et ROSCHACH Ernest, Histoire générale de Languedoc : avec des notes et les pièces justificatives, Toulouse : Privat, 1841, t. III, p. 144-147, avec fig. p. 144 et Additions et Notes, p. 29-31.MEGE Alexandre du, Monographie de l’insigne basilique de Saint-Saturnin, Paris-Toulouse : Didron-Cluzon, 1854, p. 91-98.MEGE Alexandre du, Archéologie Pyrénéenne, Toulouse : Delboy, librairie-éditeur, 1862 (Paris, 1833), pl. XLIX.ROSCHACH Ernest, « Saint-Sernin, études d’art et d’histoire », Revue de Toulouse et du Midi de la France, vol. 15, 1862, p. 14-15.GARRUCCI Raffaele, Storia dell’arte cristiana nei primi otto secoli della chiesa. 5. Sarcofagi ossia sculture cimeteriali, Prato : Gaetano Guasti, 1879, p. 64, pl. CCCXXXIX, n° 1-4.LE BLANT Edmond, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, Paris : Imprimerie nationale, 1886, p. 122-123, n° 149, pl. XXXVII, 1-3.ROSCHACH Ernest, Histoire générale de Languedoc. 16. Histoire graphique de l’ancienne province de Languedoc, Toulouse : Privat, 1905, p. 105-106, p. 235-239, fig. 30, 31.LAHONDES Jules de, « Les monuments de Toulouse », in , Marseille, Toulouse : Laffitte reprints, éditions Privat (1983), 1920, p. 77.LECLERCQ Henri, « France », Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, vol. 5, n° 2, 1923, col. 2516, n° 265.AURIOL A. et REY Raymond, La basilique Saint-Sernin de Toulouse, par le chanoine A. Auriol et Raymond Rey., Toulouse : E. Privat, 1930, p. 346-347.WARD-PERKINS John Bryan, « The sculpture of Visigothic France », Archaeologia, vol. 87, 1938, p. 125, n° 116.LECLERCQ Henri, « Sarcophage », Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, vol. 15, n° 1, 1952, col. 866.LECLERCQ Henri, « Toulouse », Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, vol. 15, n° 2, 1952, col. 2473-2474, n° 1.SASSIER Aymeric, La sculpture paléochrétienne et préromane en Languedoc méditerranéen et Roussillon (IVe-IXe siècles). Évolution du sarcophage. Influences orientales, Thèse de 3e cycle, Université de Toulouse, Toulouse, 1956, p. 558.BOUBE Jean, « Les sarcophages paléochrétiens de Rodez », Pallas, vol. 6, n° 3, 1958, p. 92-95.BRIESENICK Brigitte, « Typologie und Chronologie der sudwestgallischen Sarkophage », Jahrbuch des Römisch-Germanischen Zentralmuseum Mainz, vol. 9, 1962, p. 150, n° 3, p. 153, n° 32.JAMES Edward, The Merovingian Archaeology of South-West Gaul, Oxford : BAR, 1977 (British Archaeological Reports, vol. 2, 2), p. 305, n° 10, p. 313, n° 45.DEROO Christophe, DURLIAT Marcel et SCELLES Maurice, Recueil général des monuments sculptés en France pendant le haut Moyen Âge (IVe-Xe siècles). 4. Haute-Garonne, Paris : Comité des travaux historiques et scientifiques, 1987 (vol. 4/4), n° 107, p. 80-82, pl. XLVIII-L, 107 a à e.CAZES Daniel, « Les sarcophages sculptés de Toulouse », Antiquité tardive, vol. 1, 1993, p. 65, pl. 1, fig.I. 2 ; 2. I, 2.BRIESENICK Brigitte, « Der Bestand an sudwestgallischen Sarkophagen seit 1962 », Antiquité tardive, vol. 1, 1993, p. 77.CHRISTERN-BRIESENICK Brigitte, avec une contribution de Hugo BRANDENBURG et Giuseppe BOVINI, Repertorium der christlich-antiken Sarkophage. Dritter Band, Frankreich, Algerien, Tunesien, Mayence : Philipp von Zabern, 2003, p. 259, n° 548, tafel 135, 1-5.GRABAR André, Martyrium : recherches sur le culte des reliques et l’art chrétien antique, Paris : Collège de France, 1946, 402 p.
Littérature grise
MATSAKIS P., L’art des sarcophages paléochrétiens de Toulouse (Ve-VIIe siècles), Mémoire de D.E.S. : Faculté des Lettres et Sciences humaines de Toulouse, 1956, p. 50-55, pl. Ia, b, c.DEROO Christophe, La sculpture funéraire chrétienne du département de la Haute-Garonne antérieure à l’an mil, Mémoire de maîtrise : Université de Toulouse Le Mirail, 1981, p. 148-155, n° 58, pl. XXXb, XXXII, XXXIII, XXXIV.
Dernière MAJ
23 Sep 2025
Indiquer
C. Deroo, M. Durliat, M. Scellès, "20442 - Sarcophage dit du comte Guillaume Taillefer - Basilique Saint-Sernin à Toulouse - Haute-Garonne (31)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/20442
 
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