17990 - Sarcophage - Abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert - Hérault (34)

 Sculpture: id 17990

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Objet
Sarcophage
Historique
D’après la tradition, le sarcophage aurait été remployé pour recevoir les reliques de Guilhem, duc d’Aquitaine, fondateur de l’abbaye, cependant aucune preuve ne l’atteste. Saint Guilhem, mort entre 812-814 a été enterré « simplement » (Richard, Ucla, p. 75-92) dans l’oratoire dédié à Saint Michel qu’il avait fait édifier près de sa cellule et que R. Saint-Jean localise à l’ouest de l’église carolingienne. Puis sa dépouille fut transférée dans la crypte. La première mention d’un sarcophage de marbre daterait du Xe siècle selon le manuscrit BNF lat. 12672, fol. 271 r. (point controversé).
Il était généralement admis que le sarcophage avait été détruit par les Huguenots. Selon l’abbé Vinas (pp. 33-34, 39), il aurait été démantelé au cours de la première moitié du XIXe siècle, après la restauration du culte, pour faciliter le déroulement des cérémonies funèbres. Jugé en mauvais état, on le brisa ainsi que celui d’Albane et Bertrane : « on voit encore à l’autel de la Sainte Vierge, servant de marchepied, le dessous du sarcophage de saint Guilhem. La pierre qui demeura en dessous (c’est à dire le fond de la cuve) posée à l’envers fut un marchepied tout trouvé pour les deux autels restaurés ». Il est vraisemblable que la face postérieure du sarcophage paléochrétien, à l’origine non sculptée, ait été ornée d’un programme marial - La Vierge à l’Enfant, l’Adoration des Mages, Hérode et les Mages -, et transformée en retable destiné à l’autel de la Vierge dès le XIIe siècle, vers 1140.
Statut MH
Classé au titre des Monuments Historiques
Etat de conservation
La cuve a été reconstitué en 1933 à partir d’une quarantaine de fragments rassemblés par l’abbé Vinas au XIXe siècle, et récemment par les ateliers Mérindol d’Avignon, en réunissant les fragments préservés dans l’abbatiale de Saint-Guilhem et ceux conservés au musée de la Société archéologique de Montpellier. La cuve avait été brisée au niveau des chevilles des personnages et de nombreuses lacunes subsistent. Les angles de raccord avec les petits côtés ont disparu. Des traces d’abrasif sont visibles.
Remploi
Oui
Conditions de remploi
reliquaire
Matériau
Marbre
Précision sur le matériau
Marbre du Proconnèse.
Dimensions en cm
L. 215 ; l. 65,5 ; H. 87 ; Ep. totale 13 ; Ep. relief 6.
Type et technique de sculpture
Technique.TailleType.Haut-relief
Outil
CiseauForet
Typologie
Mobilier funéraire.Cuve de sarcophage
Morphologie
Cuve rectangulaire à frise et scènes juxtaposées.
Détermination
Assurée
Décor
Figuratif
Iconographie
Ancien Testament - CréationAncien Testament - Création.Adam et EveAncien Testament - Histoire d'AbrahamAncien Testament - Histoire d'Abraham.Sacrifice d'Isaac par AbrahamNouveau Testament - Pierre-MoïseAncien Testament - Cycle de l'Exode.Miracle de la sourceAncien Testament - Cycle des HébreuxNouveau Testament - GuérisonNouveau Testament - Guérison.Guérison de l'aveugleNouveau Testament - Miracles de Jésus.Multiplication des pains et des poissonsAncien Testament - Histoire de DanielAncien Testament - Histoire de Daniel.Daniel dans la fosse aux lions
Description du décor
La cuve rectangulaire à l’origine était sculptée sur trois faces, la quatrième face a été ornée au XIIe siècle d’un programme marial. Sur la face antérieure se développent cinq scènes de l’Ancien et du Nouveau Testaments entourant l’Orante.
De la première scène probable, les contours du corps et de la tête d’une femme courbée devant les pieds et le bas du vêtement d’un homme (le Christ) sont visibles. Puis, la scène du Sacrifice d’Isaac ne laisse aucun doute : trois personnages participent à la scène dont sont conservés le bas du corps d’Abraham et sa tunique, le torse, les bras et la tête d’Abraham. Derrière la jambe droite d’Abraham, deux pattes d’ovidé, bélier substitutif du sacrifice, sont sculptées. Abraham est de face, le pied droit posé au sol et la jambe gauche fléchie, il est vêtu d’une tunique courte, au plissé alternativement en V et en sillons parallèles profondément creusés, qui épouse les mouvements. Isaac est agenouillé, les mains dans le dos, devant un autel à base carrée, d’où s’échappe une flamme. Il porte des chausses et une tunique dégagée sur les épaules, resserrée à la taille par une large ceinture. La tête aplatie au niveau de l’occiput est disproportionnée par rapport au corps, et les éléments constitutifs du visage, le nez, les yeux, sont disgracieux en raison de leur taille et de leur rendu. À droite, des pieds, appartenant à un témoin du sacrifice, doivent se rattacher au groupe de personnages médians, acteurs de la Guérison de l’aveugle. Vêtu d’une toge à plis en V, il serre un rouleau dans la main gauche. Il pourrait s’agir d’un disciple du Christ figuré au centre de la cuve et accomplissant, peut-être, un miracle en présence d’un autre disciple ou apôtre qui se tient à sa gauche. Les deux scènes suivantes illustrent les Noces de Cana avec cinq jarres disposées aux pieds du Christ et la Multiplication des pains dont trois paniers subsistent devant les personnages. La dernière scène fortement mutilée est composée de trois personnages sculptés sur deux plans : deux debout, vêtus de tuniques et manteaux drapés au plissé souple, les restes du troisième, agenouillé, subsistent dans l’angle. Il s’agit de Pierre-Moïse à la source abreuvant la militia Christi.
Sur le petit côté droit deux scènes sont représentées : Daniel dans la fosse aux lions et Adam et Ève de part et d’autre de l’arbre de Science avec le serpent tentateur. Daniel est figuré en position d’orant, légèrement déhanché, campé sur la jambe gauche, la droite fléchie. Le corps aux formes lourdes est nu, l’anatomie étant suggérée. Les détails, nombril, paume de la main, orteils, sont marqués au foret, la chevelure épaisse, composée de mèches courtes et parallèles disposées sur trois rangs, est incisée. À la droite de Daniel, se dresse un lion, assis sur ses pattes arrière, les pattes antérieures repliées ont disparu ainsi qu’une partie du corps. La tête est conservée, levée vers le prophète, la gueule ouverte. L’ossature maxillaire est rendue avec précision, l’œil bordé d’une paupière ourlée est travaillé au trépan pour la pupille et l’angle interne. Le nez est cerné d’une incision et pointé au trépan pour les narines. Symétriquement, était représenté le second lion, dont une attache et des éléments des contours du postérieur subsistent. À côté, la scène a été identifiée à Adam et Eve grâce à la base du tronc de l’arbre enraciné autour de laquelle s’enroule l’extrémité du serpent. De part et d’autre, sont visibles les pieds nus de deux personnages. À sa droite, la tête féminine et les pieds d’Ève et à sa gauche, Adam.
Le petit côté gauche, dont les raccords aux faces antérieure et postérieure sont conservés, est très lacunaire, mais ne pose pas de problèmes d’interprétation. Dans le cadre délimité par une moulure supérieure, les bustes de trois personnages sont identifiés aux Hébreux reconnaissables par leur attitude, de face, avant-bras dressés et par leur costume oriental : bonnet phrygien, tunique à manches longues serrées au poignet et une chlamyde jetée sur les épaules et retenue par une fibule à cabochon. Une épaisse chevelure ondulée, traitée au foret, encadre les visages dont les détails, arcades sourcilières, paupières, angle interne des yeux, pupilles sont soulignés au foret. Les étoffes sont creusées de plis profonds.
Inscription
Non
Datation
300 .. 350
Discussion
Les thèmes illustrés sur cette cuve de sarcophage ont donné lieu à des interprétations différentes, qui parfois ne peuvent être retenues en raison de son état très fragmentaire.
Atelier : Rome (face antérieure) et régional (face postérieure).
Publications
VINAS Léon, Visite rétrospective à Saint-Guilhem, Montpellier-Paris : [s.n.], 1875, p. 33-34, 39, 148-149.LE BLANT Edmond, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, Paris : Imprimerie nationale, 1886, , n° 143, p. 117-119.BONNET Émile, Antiquités et Monuments du département de l’Hérault, Montpellier : Ricard frères, 1905, p. 293.WILPERT Joseph, « Sarcofago di Guglielmo d’Aquitania », Rendiconti della pontificale accademia romana di archeologia, vol. 9, 1934, p. 13-31.WILPERT Joseph, I Sarcofagi Cristiani antichi, Rome : Pontificio Istituto di archeologia cristiana, 1929–1936, III; 28-32, fig. 247-259, pl. CCLXXXIX, 1-4.SAINT-JEAN Robert, « Un monument préroman : la crypte de Saint-Guilhem-le-Désert », in Hommages à André Dupont (1897-1972) : études médiévales languedociennes, Montpellier : Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1974, p. 267-289.RICHARD Jean-Claude et UCLA Pierre, « Saint-Guilhem-le-Désert : des guerres de religion à l’érudition mauriste (XVIe-XVIIIe) », Études sur l’Hérault, no 5 6, 1989–1990, p. 75-92.MAILLARD-RILLIET Isabelle, « Le roman du sarcophage dit de “Saint Guilhem-Guillaume d’Orange” à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) », Revue archéologique de Narbonnaise, vol. 29, 1996, p. 183-230.RICHARD Jean-Claude et TERRER Danièle, « Deux sculptures romaines sur la façade de l’abbatiale de Gellone », Mélanges de l’École française de Rome - Antiquité, vol. 110, no 2, 1998, p. 1026.MALLET Géraldine et PERRY Patrick, « Les tombeaux de saints à l’époque romane : quelques exemples », Les cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, vol. 29, 1998, p. 117.BAVOILLOT-LAUSSADE Richard, « Les avatars du corps de Guilhem et le culte du fondateur de Gellone, leurs incidences », Les cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, vol. 29, 1998, p. 216-217.RICHARD Jean-Claude, « Les sarcophages en marbre blanc, “sarcophages de l’école d’Aquitaine” en Languedoc-Roussillon », in Pierre et archéologie. Actes du colloque international, Tautavel, 14-15-16 mai 1998, Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2002 (Collection Études), p. 69-80.RICHARD Jean-Claude, « Les sarcophages en marbre blanc du Languedoc-Roussillon : une enquête en cours », Revue archéologique de Narbonnaise, vol. 33, 2000, p. 286 -289.RICHARD Jean-Claude, BLANC Annie et BLANC Philippe, « Comparison between white marble sarcophagi and other carved objects from Languedoc (France) », in Asmosia 5 : interdisciplinary studies on Ancient Stone. Actes du huitième colloque international de l’association for the study of marble and other stones used in Antiquity, Boston, juin 1998, Londres : Archetype Publications, 2002, p. 201-205.VIAL Julien et LECLANT Jean Préfacier, Carte archéologique de la Gaule 34-3 : le Montpelliérais, Paris : Académie des inscriptions et belles lettres, 2003, p. 346, n° 262 .CHRISTERN-BRIESENICK Brigitte, avec une contribution de Hugo BRANDENBURG et Giuseppe BOVINI, Repertorium der christlich-antiken Sarkophage. Dritter Band, Frankreich, Algerien, Tunesien, Mayence : Philipp von Zabern, 2003, n° 493, p. 229-231, pl. 118, 1 (Atelier romain, dernier tiers IVe siècle) (photo de la face sculptée au XIIe siècle).MEREL-BRANDENBURG Anne-Bénédicte, La sculpture de l'Antiquité tardive en Languedoc méditerranéen et Roussillon (IVe-VIIIe s.), Thèse de doctorat, Université Paris IV-Sorbonne, Paris, 4 vol., 2007, cat. 116, pl. 176, fig. 1-6 ; pl. 177, 1-3.
Littérature grise
MALLET Géraldine, Inventaire des fragments lapidaires de l’ancienne abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), [s.l.] : Université de Montpellier, 1992.MEREL-BRANDENBURG Anne-Bénédicte, La sculpture de l'Antiquité tardive en Languedoc méditerranéen et Roussillon (IVe-VIIIe s.), Thèse de doctorat, Université Paris IV-Sorbonne, Paris, 4 vol., 2007, cat. 116, pl. 176, fig. 1-6 ; pl. 177, 1-3.
Dernière MAJ
3 Apr 2024
Indiquer
B. Mérel-Brandenburg, "17990 - Sarcophage - Abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert - Hérault (34)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/17990
 
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