Description du décor
Il s'agit de la seconde marche de la première volée de l'escalier. Le décor, exécuté dans un relief semi-méplat (de 2 cm de profondeur), se situe sur le pas de la marche. Au centre d'un encadrement plat de 4,5 à 6 cm de large, deux poissons se suivent. Le plus gros à gauche a la gueule allongée et entrouverte (avec une petite croix gravée sur la partie supérieure). Son oeil est en amande et précède trois arcs de cercles successifs, imitant les branchies. Ils sont gravés, comme sur tout le ventre, de petites cupules signifiant les écailles et limitent la tête du reste du corps qui s'amincit jusqu'à la nageoire caudale. Une sorte d'aigrette part des branchies pour longer le dos du poisson et s'enrouler à son extrémité. Le fond de la pièce situé entre le cadre et le dos du vertébré est gravé de traits formant un quadrillage. Un bandeau, au départ très endommagé, vient s'ourler en spirale sur son ventre. Il est suivi de très près par un petit poisson moins allongé mais à la tête identique. Dans sa gueule entrouverte au bord supérieur relevé et pointu, il semble saisir un motif trifolié. A l'arrière des branchies deux petites nageoires horizontales débordent, pour encadrer la partie du corps rectiligne du poisson. Cette dernière est limitée par deux petites bandes horizontales enserrant trois petits cercles gravés qui, en s'ourlant vers l'extérieur, forme la queue du poisson. Un fleuron épouse l'angle supérieur gauche du pas de la marche.
Discussion
C. de La Croix a étudié le premier cette marche et reconnaît dans son décor, un dauphin suivi d'un poisson. A. Grabar propose une version wisigothique de son décor sur un conduit d'eau du VIIe siècle, au musée de Mérida (Espagne), une autre en Italie sur le relief de chancel d'un ciborium du baptistère de Cividale (vers 740) et deux dernières, sur un cadre architectural des canons de l'Evangéliaire carolingien de Saint Médard de Soissons (Paris, latin 8850, folio 1 v.) ou au bas d'une page du recueil de textes bibliques grecs du Xe ou XIe siècle (l'Oxford grec 204, folio 67v.). Cette marche sculptée, comme deux autres dans ce même monument, dont C. de La Croix a étudié la signification symbolique, pourrait selon A. Grabar ne pas avoir appartenu dès l'origine à l'hypogée.Il les compare avec celles de l'escalier de la cathédrale d'Aquilée en Italie, qui conduit au trône archiépiscopal, où le côté historié est placé à la verticale là où personne ne pose le pied mais qui est, en revanche, devant les yeux de tous et surtout de ceux qui franchissent les marches. Comme à Aquilée, il note la présence du motif du serpent entrelacé, donc du même thème prophylactique emprunté au répertoire germanique. Pour C. Heitz et P. Périn, ces trois pièces pourraient avoir été à l'origine des piliers de chancel. Le premier indique en effet que leurs analogies, dans la forme et le décor, avec les piliers de chancel de Saint-Pierre-aux-Nonnains à Metz le prouvent.Plus récemment P. Skubiszewski a repris cette interprétation, et a parlé de la signification eschatologique des trois marches de l'hypogée. S. Tavano a également proposé un rapprochement entre le thème de l'entrelacs avec tête de serpent de l'hypogée et celui d'une corniche sculptée du VIIIe siècle à Müstair (Suisse). Enfin N. Duval cite un autre exemple de marches sculptées ou seuils à Oued Rhezel en Numidie.
Publications
LA CROIX Camille de, Monographie de l’hypogée-martyrium de Poitiers, Paris : Firmin Didot, 1883, p. 33, p. 46, pl. VII, lettre P.LEVILLAIN Léon, « La “memoria” de l’abbé Mellebaude », Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 3e série, vol. 2, 3e trim., 1911, p. 361-364.HUBERT Jean, L’art pré-roman, Chartres : Jacques Laget, Librairie des arts et métiers éditions, 1938, rééd.1974, pl. XV b.EYGUN François et LEVILLAIN Léon, Hypogée des Dunes à Poitiers. Guide et explication, Poitiers : P. Oudin, 1964, p. 13.HUBERT Jean, PORCHER Jean et VOLBACH Wolfgang Fritz, L’Europe des invasions, Paris : Gallimard, 1967 (L’univers des formes), p. 58, fig. 70.GRABAR André, « Recherches sur les sculptures de l’hypogée des Dunes à Poitiers, et de la crypte Saint-Paul de Jouarre », Journal des savants, 1974, p. 8-10, p. 14.VACHER Aude, Le décor aniconique entre Loire et Gironde à l’époque mérovingienne, Thèse de 3e cycle d’histoire de l’art, Université de Nanterre, Paris, 1980, p. 171.HEITZ Carol, « L’hypogée de Mellebaude à Poitiers », in L’inhumation privilégiée du IVe au VIIIe siècle en Occident. Actes du colloque tenu à Créteil les 16-18 mars 1984, Paris : De Boccard, 1986, p. 91, fig. 2.HEITZ Carol, La France pré-romane. Archéologie et architecture religieuse du Haut Moyen Âge du IVe siècle à l’an Mil, Paris : Errance, 1987, p. 80-81.FEVRIER Paul-Albert, « Le décor de l’architecture. Le décor sculpté », in Naissance des arts chrétiens. Atlas des monuments paléochrétiens de la France, Paris : Imprimerie nationale, 1991 (Atlas archéologiques de la France), p. 228-230.HICKS Carola, Animal in Early Medieval Art, Edinburg : Edinburg University Press, 1993, p. 81.SKUBISZEWSKI Piotr, L’arte europea dal VI al IX secolo, Turin : UTET, 1995 (Storia universale dell’arte), p. 65-66.BARRAL I ALTET Xavier, DUVAL Noël et PAPINOT Jean-Claude, « Poitiers. Chapelle funéraire dite “hypogée des Dunes” », in Les premiers monuments chrétiens de la France. 2. Sud-Ouest et Centre, Paris : Picard, 1996, p. 304, fig. a, p. 306.PERIN Patrick, « L’art mérovingien : sous le signe de la continuité », in Histoire de l’art. Moyen Âge. Chrétienté et Islam, Paris : Flammarion, 1996, p. 149.SKUBISZEWSKI Piotr, L’art du haut Moyen Âge. L’Art européen du VIe au IXe siècle, Paris : Librairie générale française, 1998, p.104.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 792, fig. 243.
Indiquer
A. Flammin, "17639 - Marche d'escalier - Hypogée des Dunes à Poitiers - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/17639