Description du décor
Cette plaque se compose de deux parties superposées. La partie inférieure, légèrement trapézoïdale, est délimitée par un triple cadre : deux petits bandeaux plats enchâssent en effet, une bordure composée d'une suite de motifs ovoïdes allongés et reliés entre eux par deux rondelles jointes. Au centre, une rosace a six rais fusiformes creusés par un trait médian. Leurs pointes sont raccordées entre elles par des contre-rais identiques. La rosace ainsi constituée est entourée par quatorze boules au coeur légèrement évidé, puis d'une couronne de quinze larges pétales aux contours soulignés par une petite bordure en relief et enfin d'un médaillon tangent au cadre. Deux fleurons accolés à l'anneau épousent les angles supérieurs tandis que dans l'angle inférieur droit et autour de ce même motif, deux petites feuilles jointes en V aplati meublent les interstices. Dans le dernier, trois feuilles symétriques greffées à l'anneau encadrent une tige qui se divise en V à son extrémité.
La partie supérieure consiste en une seule pièce formée d'un trapèze terminé par un triangle au sommet. L'encadrement qui règne tout autour se compose successivement d'un bandeau plat, d'une torsade simple moulurée et de deux petits cadres fins qui délimitent l'espace central. Celui-ci comprend, dans un anneau tangent aux deux rampants du triangle et à la base de la plaque, une rosace à six rais plats fusiformes dont les pointes sont raccordées entre elles par des contre-rais identiques. Un fleuron est posé sur l'anneau dans l'écoinçon sommital, tandis que les deux autres sont occupés par des feuillages variés : à droite six feuilles sont reliées entre elles à la base contre l'anneau et à l'opposé deux feuilles sont symétriques de part et d'autre d'un petit bouton central pointé vers l'anneau. L'espace restant est meublé par de longues tiges, parfois découpées en forme de feuilles.
Discussion
Cette plaque offre une indéniable parenté, tant du point de vue de la forme que du décor, avec les plaques extérieures ornant les parties hautes des murs du baptistère de Poitiers. Cette ressemblance a même fait suggérer à certains, comme C. de La Croix et E. Espérandieu, qu'un même artiste les a toutes exécutées et que les trois plaques découvertes place Saint-Pierre-le-Puellier, ont en réalité appartenu au décor extérieur de la quatrième façade du baptistère, détruite à l'époque romane et remplacée par un narthex polygonal. Ce mode ornemental n'est d'ailleurs pas unique en Poitou, comme le remarque Fr. Eygun, puisque dans l'église de Mazerolles (Vienne) on retrouve une plaque sculptée quasiment identique dans la forme et le répertoire iconographique. Il pense donc qu'il existait une véritable école locale. A cet ensemble, Ed. James ajoute un panneau inséré dans la façade de l'église de Saint-Jouin-de-Marnes (Deux-Sèvres). Dans le domaine funéraire, des rapprochements sont proposés avec les sarcophages poitevins de Saint-Pierre-de-Maillé, d'Antigny et de Béruges. De part leur forme, A. Vacher les a comparé aux plaques de chancel d'Espagne wisigothique du musée de Mérida. Sa datation au VIIe siècle semble vraisemblable compte-tenu de sa parenté avec le décor des plaques du baptistère de Poitiers (cf. A. Flammin 2014).
Publications
LEDAIN Bélisaire, « Musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest. Catalogue de la galerie lapidaire », Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, 2e série, vol. 6, 1883, p. 500.LA CROIX Camille de, « Cimetières et sarcophages mérovingiens en Poitou », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1886, p. 296-297.ESPERANDIEU Émile, Notice du baptistère Saint-Jean de Poitiers, Poitiers : E. Druinaud, 1890, p. 17-18.COURAJOD Louis, Louis Courajod. Leçons professées à l’École du Louvre (1887-1896), Paris : A. Picard, 1899, p. 120-122, fig. 8.GINOT Émile, Le baptistère Saint-Jean de Poitiers et son musée lapidaire, Poitiers : Société des antiquaires de l’Ouest, 1934, p. 50, n° 60.EYGUN François, « Le Baptistère Saint-Jean de Poitiers », Gallia, vol. 22, n° 1, 1964, p. 162.JAMES Edward, The Merovingian Archaeology of South-West Gaul, Oxford : BAR, 1977 (British Archaeological Reports, vol. 2, 2), I, p. 277-279.VACHER Aude, Le décor aniconique entre Loire et Gironde à l’époque mérovingienne, Thèse de 3e cycle d’histoire de l’art, Université de Nanterre, Paris, 1980, p. 187-188.CAMUS Marie-Thérèse, « Poitiers (provenance inconnue : trouvé en remploi dans un mur près du pont Joubert vers 1960 (Coll. particulière), notice 91 », in Romains et Barbares entre Loire et Gironde, IVe-Xe siècles [Exposition au Musée Sainte-Croix, Poitiers, 6 octobre 1989-28 février 1990, à l’occasion de la tenue à Poitiers des XIe journées de l’Association française d’archéologie mérovingienne, du 5 au 8 octobre 1989], Poitiers : Musée Sainte-Croix, 1989, p. 90.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 842, fig. 273.FLAMMIN Anne, Le décor en stuc de Vouneuil-sous-Biard et la sculpture tardo-antique jusqu'au haut Moyen Age en Poitou, Stucs et décors sculptés de la fin de l'Antiquité au Moyen Age (du Ve au XIIe siècle), in Actes du colloque international tenu à Poitiers du 16 au 19 septembre 2004, Chr. Sapin (dir.), Turnhout, Brepols, 2006 (Bibliothèque de l'Antiquité tardive, 10), p. 85-92.FLAMMIN Anne, Le décor installé dans le baptistère de Poitiers au VIIe siècle, in Le baptistère Saint-Jean de Poitiers : De l'édifice à l'histoire urbaine, dir B. Boissavit-Camus, Turnhout, Brepols (Bibliothèque de l'Antiquité tardive, 26), 2014, p. 359-399.
Indiquer
A. Flammin, "17239 - Plaque - Église Saint-Pierre-Le-Puellier à Poitiers - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/17239