Description du décor
Un décor gravé se développe sur toute la surface de la cuve. Il consiste, sur les deux parois longitudinales à la même représentation : deux paons affrontés de part et d’autre d’un vase placé au centre (de la paroi). De ce vase à la panse godronnée et aux deux anses détachées s’échappent des rinceaux de vigne dont les oiseaux becquètent les grains des grappes de raisin. Les corps des volatiles sont rehaussés de traits gravés et leurs plumages sont marqués par de petites stries en arc de cercle emboitées ou en formes en croissant. Au sommet de leur tête les trois petits traits en éventail forment l’aigrette qui couronne les paons.
Au centre des deux extrémités arrondies de la cuve s’élève une forme verticale, sorte de tronc, à la base plus large et évasée, présentant des stries en épis et terminé par une extrémité arrondie timbrée d’une forme ovale également striée. De ce tronc s’échappent, de chaque côté, des tiges simples ou multiples terminées par une feuille nervurée qui rejoint les pampres de vigne.
Deux trous sont placés quasiment au centre des extrémités arrondies. La première affecte une forme losangique assez régulière et mesure 5,5 cm de côté pour une profondeur de 4 cm. La seconde plus irrégulière fait 10 cm de haut pour 9cm de large et 4,5 cm de profondeur. Elle a manifestement été agrandie et devait à l’origine former un losange quasi identique à l’autre cavité. Elle présente un petit bouchage de deux fragments de tuile plate rouge liés à un mortier gris-blanc pulvérulent. Les deux trous amputent le décor et sont donc postérieurs. Leur fonction nous échappe : ont-ils été creusés pour les nécessités du levage et du transport de la cuve ou ont-ils une destination en lien avec la dévotion autour de ce sarcophage ? Des traces d’outils sont visibles à l’intérieur des parois de la cuve, notamment sur les parois longues : il s’agit d’enlèvement assez larges.
Le couvercle comporte deux longs pans inclinés : l’un offre un décor gravé et l’autre une inscription qui, comme on pourra le lire plus loin, a sans doute remplacé un décor ou une inscription originelle qui ont totalement disparu. Sur le pan orné, en position centrale, un chrisme, composé du Chi et du Rhô, est associé aux deux lettres apocalyptiques, l’alpha et l’oméga. Il est inscrit dans un anneau qui est ceint par une couronne de laurier traité comme un arbre car, sous le chrisme, elle s’épanouit à partir d’un court tronc. Dans la partie haute, deux oiseaux vus de profil encadrent symétriquement le chrisme et semblent picorer les feuilles. Le chrisme et les oiseaux sont encadrés par deux compartiments ornés d’imbrications en forme d’écailles (imitant les peltes antiques ?).
Plusieurs détails montrent un manque de soin dans la composition du décor. Le positionnement des oiseaux n’est pas vraiment symétrique, celui à droite du chrisme est superposé aux imbrications tandis que l’autre se trouve au-dessus d’un espace que le lapicide a comblé de tracés informes. Les deux compartiments ne comptent en effet pas le même nombre d’imbrications, laissant à gauche du chrisme un espace plus important. Un repentir sur l’emplacement de la boucle du rhô se lit dans un premier tracé conservé symétriquement. Le lapicide semble s’être trompé dans l’emplacement de la boucle ou dans le positionnement du chrisme.
Sur la cuve, deux paons sont affrontés de part et d'autre d’un vase d’où s’échappent de la vigne. La beauté de cet oiseau en a fait un élément décoratif de premier ordre, comme l'illustrent les nombreuses représentations à Pompéi et dans l'art romain en général. Il reste étroitement lié aux conceptions de l'au-delà. Sur les monuments funéraires, il évoque l'immortalité céleste assurée au défunt. La fortune du motif du paon dans l’art paléochrétien résulte, selon Jean-Pierre Caillet, de son "adaptation des plus faciles au concept de la Résurrection : Pline l'Ancien avait déjà attiré l'attention sur la chute de la somptueuse parure de l'oiseau à l'entrée de l'hiver et sur sa réapparition au printemps" Sur les épitaphes ou sur d’autres supports d'origine chrétienne, il renvoie à l'Éternité. Il est fréquemment associé au canthare (ou au calice eucharistique) comme dans notre exemple viennois, dont il picore les fruits qui s'en échappent (ceux de la vigne du Christ), signifiant ainsi les moyens chrétiens d'arriver à l'immortalité bienheureuse. La signification eucharistique du paon est clairement indiquée sur de nombreux monuments chrétiens, comme le graffiti d'une plaque de marbre, provenant du cimetière de Prétextat et conservé au musée Pio Cristiano du Vatican. Deux paons sont en effet affrontés sur un canthare d'où émergent quatre pains ronds. Une iconographie comparable se développe sur les sarcophages ravennates au Ve siècle.
Le chrisme sur le couvercle, nous l’avons vu, occupe une place centrale. Cette position privilégiée est assez courante sur d’autres sarcophages, comme ceux dits du Sud-Ouest datés de la fin du IVe ou du début du Ve siècle. Dans ces exemples aussi il est souvent accompagné des deux lettres alpha et oméga. Citées à trois reprises dans l'Apocalypse (Ap. 1, 8 ; 21, 6-8 ; 22, 12-13), elles insistent sur la divinité du Christ et rappellent qu'il est Principe et Fin de toutes choses. Pour marquer l'idée du Christ identifié à un dieu unique et éternel, à trois reprises dans l'Apocalypse on utilise la première et la dernière lettre de l'alphabet grec : l'alpha et l'oméga. Dans la première mention on lit : "Je suis l'Alpha et l'Oméga, déclare le Seigneur Dieu tout-puissant, qui est, qui était et qui va venir" (Ap. 1, 8). L'existence éternelle du Christ est ainsi soulignée. Dans les deux autres mentions, la formule de l'Alpha et de l'Oméga annonce le Jugement Dernier. On lit d'abord : " C'est un fait ! Je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin" (Ap. 21, 6), puis : "Ecoute, dit Jésus, je viens bientôt ! J'apporterai avec moi mes récompenses, que j'accorderai à chacun selon ce qu'il aura fait. Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin" (Ap. 22, 12-13). La promesse de la Résurrection est donc faite aux fidèles ainsi que celle de la seconde venue du Messie. Ce chrisme est inscrit dans une couronne de laurier qui rappelle les récompenses attribuées aux athlètes vainqueurs chez les Romains. La couronne renforce l'emblème de victoire qu'est devenu le chrisme, la victoire sur la mort remportée par le Christ. Sur ce sarcophage, les paons peuvent être interprétés comme les garants de l’Éternité et de la Résurrection assurées par le Christ, symbolisé par le chrisme au centre du couvercle. Cette composition symbolique évoque toute l'espérance du défunt en la Vie éternelle. Un lien est opéré entre les deux significations symboliques du décor du couvercle et de la cuve.
Publications
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