Historique
En 1946, une campagne de fouilles a été entreprise sous la direction du chanoine Griffe, professeur à l’Institut Catholique de Toulouse. Les investigations, qui ont porté sur " la petite place attenante, au nord de l’église "-place Dupleix - ont mis au jour une construction à abside identifiée à un mausolée ou à une cella memoriae des IIe-IIIe s. apr. J.-C. Le monument possédait un pavement de mosaïque qui aurait été percé à l’époque chrétienne, vers le IVe s. apr. J.-C., pour la mise en place des sarcophages.
Le sarcophage du Lege filiciter a suscité un intérêt particulier en raison de son lieu de découverte, dans une mémoria liée à la nécropole où saint Paul évangélisateur de Narbonne aurait été inhumé. Marcel Joucla (p. 6 et 8) estimait que le couvercle et la cuve n’appartenaient pas au même sarcophage : le couvercle à thématique païenne aurait été réutilisé à l’époque chrétienne pour couvrir une cuve chrétienne datant du IVe-Ve s. Le sarcophage aurait été déposé dans la mémoria à l’époque visigotique, en même temps que les autres sarcophages. P. Héléna (p. CCXLV, CCXLVI et CCXLIX) attribue le sarcophage au IIIe siècle au plus tard en raison de la forme du style et de l’inscription et parce qu’il était destiné à la tombe de Paul. E. Griffe affirme que ce sarcophage a été découvert en position primaire avec son dépôt (t. III, p. 55), un squelette bien conservé dans une couche de limon. Quant à Jannoray (p. 487-498), il voyait dans le berger criophore, un bon Pasteur et la lettre X, un chrisme archaïque, affirmant le caractère chrétien du sarcophage, antérieur à la reconnaissance du christianisme (313).
Etat de conservation
Cuve : la face antérieure est brisée au centre, la moulure supérieure cassée à droite. Couvercle : la partie à gauche du cartel est sciée de part et d’autre du personnage masculin.
Précision sur le matériau
Cuve : Marbre blanc fin. Marbre de Luni. Couvercle : Marbre blanc fin. Marbre de Luni.
Dimensions en cm
Cuve : L. 215 ; H. 70 ; l. 85 ; Ep. relief 8-9.
Couvercle : L. 206 ; l. 82 ; bandeau : H. 38-39 ; Ep. 8.
Type et technique de sculpture
Type.Bas-relief
Typologie
Mobilier funéraire.Sarcophage
Morphologie
Couvercle plat à plaque frontale.
Cuve rectangulaire faite de plaques assemblées.
Décor
GéométriqueFiguratif
Description du décor
Sarcophage dit du Lege filiciter.
Cuve rectangulaire à strigiles, figures médiane et d'angle.
La cuve rectangulaire est sculptée sur trois côtés, la face postérieure est dégrossie. La face antérieure est composée d’un panneau délimité par un cadre mouluré et orné de strigiles à double courbure soulignés par un filet et opposés au centre ; à la rencontre des strigiles, isolé dans une mandorle, un personnage féminin allégorique, debout, vêtue d’une tunique longue, écrit sur un bouclier les mots leg/e fi/lici/ter au-dessous du signe X. À droite et à gauche des strigiles, deux pasteurs sont disposés symétriquement aux angles. Les deux criophores, imberbes, debout sur un socle mouluré, portent chacun un bouc sur les épaules, celui de droite tenant de la main droite les pattes de l’animal, celui de gauche de la main gauche, et de l’autre main un pedum. Ils portent d’une tunique courte serrée à la taille par une ceinture et des bandes molletières. À leurs pieds, est figuré un chien. Les petits côtés comportent des imbrications d’écailles ascendantes. Le couvercle est formé d’une plaque frontale et d’une dalle plate dont le long côté est limité par une frise de feuilles d’eau à nervure médiane. Sur la plaque frontale du couvercle, deux têtes de divinités stellaires. À gauche la tête est de profil gauche et porte un voile drapé délimitant des mèches formant la franche, sur laquelle repose un croissant lunaire à l’horizontal. Le visage au menton saillant est caractérisé par un œil en amande, un nez rectiligne, et des lèvres épaisses. À droite un visage masculin, à la chevelure à mèches ondulées dont la partie supérieure a été sciéeest mutilée, présente un œil arrondi, un nez large et des lèvres épaisses. Ces figures encadrent les défunts en buste, tenant des deux mains un rotulus déroulé ou des tablettes plates liées par un cordon, devant un rideau entr’ouvert (parapetasma), aux pans relevés par des attaches nouées. Au centre, le cartel destiné à l’épitaphe est accosté de deux amours nus portant une cape fixée par une fibule plate. Le personnage féminin est vêtu d’une tunique à manches longues et larges et porte un collier à trois rangs dont celui du centre est composé de perles rondes et un bracelet au poignet droit. Elle est coiffée en bandeau cranté, les cheveux couvrant les oreilles, remontés à l’arrière au sommet de la tête et retenus par une épingle à grosse tête. L’homme, de profil droit, cheveux courts aux mèches formant un bourrelet au niveau de la nuque, visage imberbe, porte une toge, avec une large contabulatio en travers de la poitrine. La sculpture est précise, soignée, mais sèche et sévère. Les visages des défunts sont personnalisés et les traits exécutés avec dureté. Les plis sont dessinés par grands plans ; les coups de ciseau sont rapides et visibles.
Le plat du couvercle est délimité d’un mince bandeau de feuilles d’eau. Commentaire : Restitution : groupe à panneaux de strigiles alternant avec des personnages.
Iconographie : Les criophores et la victoire dans une mandorle reprennent des représentations appartenant à l’iconographie romaine classique. La victoire est illustrée sur la colonne Trajane à Rome et par la Victoire de Brescia écrivant sur un bouclier. Elle est également figurée sur la cuve d’un sarcophage romain au point de rencontre des strigiles. Le couvercle à plaque frontale à figures d’angle est orné de scènes de chasse. Par son aspect général et son style, le couvercle est à rapprocher d’un couvercle conservé au musée d’Avignon, inv. 229. L’analyse précise du portrait et de la représentation des défunts conduit à établir des comparaisons avec des œuvres romaines sur lesquelles de nombreux détails se retrouvent : à Rome sur les sarcophages du Latran (n°210), de la basilique Saint-Sébastien (n°126), en Gaule sur le sarcophage de Vence, dit tombeau de saint Véran (Espérandieu, RBR, I, 8) : coiffure de la femme, collier, coiffure de l’homme, tablettes plates, doigts très allongés et relevés à leur extrémité. Le sarcophage 210 du Latran est daté par Bovini du début de l’époque constantinienne (312-325) (Wilpert, II, pl. 184, 3 et p. 232), et celui de Saint-Sébastien vers 333 (Wilpert, II, pl. 187, 4). Un indice supplémentaire est apporté par la coiffure de la femme et la représentation du défunt. La mode de la natte ramenée sur le sommet de la tête apparaît dans la seconde moitié du IIIe siècle, sur les monnaies de Séverine et de Magna Urbica, mais se retrouve sur des monnaies de Valérie et de Fausta, et le détail de l’épingle qui fixe la natte se note sur les monnaies d’Hélène. La mode des portraits imberbes se développe au début du IVe siècle et le bourrelet sur la nuque apparaît tardivement dans le monnayage constantinien.
Pour certains auteurs, P. Héléna, M. Gayraud, Y. Solier le signe en X indiquerait la réutilisation d’un sarcophage païen et la christianisation volontaire par l’adjonction d’une image signe, pour un haut personnage. Le X, initiale de Christ serait atteste l’invocation à Dieu ou une prière pour le défunt « Christe lege filiciter » : Christ accueille le heureusement. La cuve est constituée de deux plaques de marbre ajustées formant trois faces de la cuve, la quatrième (petit côté gauche) d’une dalle encastrée (l. 0,66 m). Les strigiles ont été exécutés à la gouge, les personnages au ciseau, les détails soulignés au foret, l’inscription gravée au stylet.
Texte de l'inscription
leg/e fi/lici/ter
Quant à P.-A. Février (p. 16), il adopte la proposition de H. Grégoire et de J. Jannoray et reconnaît le chiffre X , en le rapprochant d’un type monétaire aux revers duquel se lit vot(a) X ou vot(a) XX inscrit par la Victoire, ainsi voit-il la formulation de souhait d’années de bonheur propre à l’épigraphie profane (J. Maurice, Numismatique constantinienne, Paris, 1908-1912, t. I, pl. 7, 11 et II, pl. 8, 5 et 12, 5).
Discussion
Zone de production : Rome
Atelier et datation
Le sarcophage se réfère à un type bien connu à Rome et exporté dans les provinces de l’Empire. Les sarcophages du Cimetière de Saint-Marc et Marcellin (Repertorium I, n°629, pl. 95 ; n°646, pl. 97), du musée du Capitole (Repertorium I, n°823, pl. 132), de Saint-Félix de Gérone (P. de Palol, Art paléochrétien en Espagne, Barcelone, 1969, p. 113 et 115, fig. 68. A) présentent des dispositions identiques et associent des thèmes païens et chrétiens. Ils sont datés du premier quart du IVe s.
Publications
JOUCLA Marcel, « Communication sur les fouilles de Saint-Paul [Procès-verbal du 8 octobre 1946] », Bulletin de la commission archéologique de Narbonne, vol. 21, n° 2, 1943-1946, p. 231-257.JANNORAY Jean, « Narbonne », Gallia, vol. 6, 1948, p. 202, fig. 3.JANNORAY Jean, « La nécropole paléochrétienne de Saint-Paul à Narbonne », in Congrès archéologique de France, 112e session (Roussillon, 1954), Paris : Société française d'archéologie, 1955, p. 494-498.FEVRIER Paul-Albert, « Le sarcophage à inscription X Lege filiciter (Narbonne, Aude) », Annales du Midi, vol. 73, 1961, p. 12-17.GAYRAUD Michel, « Les mutations d’une métropole (IIIe -IVe siècles) », in Histoire de Narbonne, Toulouse : Privat, 1981, p. 73-92.SOLIER Yves, Narbonne (Aude) : les monuments antiques et médiévaux, le Musée archéologique et le Musée Lapidaire, Paris : Imprimerie nationale, 1986 (Guides archéologiques de la France, 8), p. 71, fig. 42.SOLIER Yves, La basilique paléochrétienne du Clos de la Lombarde à Narbonne. Cadre archéologique, vestiges et mobilier, Paris : CNRS éditions, 1991 (Revue archéologique de Narbonnaise. Supplément, 23), p. 20 (1e moitié du IVe siècle).SOLIER Yves, « Narbonne, édifice à abside du cimetière Saint-Paul », in Les premiers monuments chrétiens de la France. 1. Sud-Est et Corse, Paris : Picard, 1995, p. 41.DELLONG Éric, MOULIS Dominique, FARRE Josy et LECLANT Jean Préfacier, Carte archéologique de la Gaule 11-1 : Narbonne et le Narbonnais, Paris : Académie des inscriptions et belles lettres, 2002, p. 302, fig. 326-327.TURCAN Robert, « Les sarcophages en Gaule romaine (des Antonins à la Tétrarchie). Essai de synthèse provisoire », in Études d’archéologie sépulcrale. Sarcophages romains et gallo-romains, Paris : De Boccard, 2003, p. 283, n°59 (déb. IVes.).MEREL-BRANDENBURG Anne-Bénédicte, « Les sarcophages en marbre du sud de la Gaule. L’exemple du Languedoc méditerranéen : étude des matériaux », in Les sarcophages de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge : fabrication, utilisation, diffusion. Actes des XXXe journées internationales d’archéologie mérovingienne, 2-4 octobre 2009, Bordeaux : Aquitania, 2015 (Aquitania. Supplément, 34), p. 232, fig. 3.
Littérature grise
GRIFFE Élie, Note sur l’inscription et le cartouche figuré du sarcophage paléo-chrétien de Saint-Paul d’après une interprétation du professeur Henri Grégoire de l’université de Bruxelles, SRA Montpellier, 1946, 12 p.MEREL-BRANDENBURG Anne-Bénédicte, La sculpture de l'Antiquité tardive en Languedoc méditerranéen et Roussillon (IVe-VIIIe s.), Thèse de doctorat, Université Paris IV-Sorbonne, Paris, 4 vol., 2007, cat. 104, pl. 61, fig. 3-4.
Media (image, audio, video ...)
Indiquer
B. Mérel-Brandenburg, "17057 - Sarcophage - Place Dupleix à Narbonne - Aude (11)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/17057