Historique
Cette pièce a été découverte lors des fouilles de F. Eygun en 1962, dans les murs de l'église Sainte-Croix à Poitiers, reconstruite au XIe siècle où elle était remployée. Elle a été insérée, entre 1965 et 1967, au-dessus de la porte d'entrée de l'église de la nouvelle abbatiale Sainte-Croix à la Cossonière.
Description du décor
La face, légèrement trapézoïdale, ainsi que les deux côtés présentent un décor qui se détache fortement d'un fond plat dans un relief semi-méplat d'environ 1 cm de profondeur. Au-dessus se trouve un chanfrein (d'environ 8 cm de large) qui a été brisé. La face principale est agrémentée d'une croix inscrite dans un anneau plat. Les bras rectilignes de la croix sont sensiblement égaux et se recoupent perpendiculairement. Ils sont parcourus d'une ligne sinueuse et à leur intersection, un point est entouré d'un petit cercle également gravé. Quant à la surface de l'anneau, elle est recouverte des ondulations d'une ligne gravée où s'intercalent de petits points imprimés. Quatre crosses se détachent de l'anneau pour garnir à l'extérieur les angles du quadrilatère tandis que quatre autres plus petites remplissent les vides laissés par les bras de la croix. Ils sont ornés en leur centre d'un trait gravé qui est évidé dans l'enroulement de la crosse. Le pourtour du fond sur lequel se détache ce motif est parcouru d'une ligne ondulée gravée. Sur le côté triangulaire droit de la pièce et dans la partie haute, l'on distingue un S aux extrémités enroulées, avec au-dessous un bourrelet ondulé très incomplet surmontant un carré. L'autre côté présente un petit carré dans l'angle, placé au-dessous de ce qui pourrait être la partie basse d'une figure identique à celle sculptée sur la face puisque l'on distingue une crosse greffée à un fragment d'anneau.
Discussion
F. Eygun, qui découvrit cette pièce, l'identifia comme une console ou un corbeau destiné à soutenir les poutres de la charpente de l'église mérovingienne de Sainte-Croix. Cette interprétation fut reprise plus tard par Y. Labande-Mailfert qui étudia précisément cette abbaye. F. Eygun nota également que les volutes et les rinceaux striés de son décor se rencontrent dans certains éléments byzantins et mérovingiens et notamment dans l'orfèvrerie. Mais surtout, il proposa des parallèles entre ce motif circulaire (renfermant une croix et d'où se détachent des noeuds) et celui du couvercle n°32 d'Antigny conservé au baptistère de Poitiers (contenant un chrisme) ainsi qu'avec l'ornementation de nombreux sarcophages mérovingiens en plâtre parisiens. Y. Labande-Mailfert, en rappelant ce parallèle poitevin avec l'art funéraire, soulignera néanmoins que le traitement de la sculpture de cette console semble plus tardif. Quant à M. Vieillard-Troiekouroff et A. Vacher, elles développeront le rapprochement émis par F. Eygun avec le décor des sarcophages parisiens. Enfin, pour M.-T. Camus, il s'agit "d'une traduction typiquement mérovingienne du motif "et si "l'association ancienne du feuillage et de la croix n'est pas oubliée, la couronne est devenue un cadre très stylisé et la composition frappe avant tout par un effet de géométrisation".
Publications
EYGUN François, « Informations archéologiques. Circonscription de Poitiers », Gallia, vol. 23, n° 2, 1965, p. 374, fig. 41.EYGUN François, « Un motif décoratif de l’église mérovingienne de Sainte-Croix à Poitiers », in Mélanges offerts à René Crozet à l’occasion de son 70e anniversaire, Poitiers : Société d’études médiévales, 1966 (vol. 1), p. 59-60, fig. I.VIEILLARD-TROIEKOUROFF May, Les monuments religieux de la Gaule d’après les œuvres de Grégoire de Tours, Paris : Honoré Champion, 1976, p. 229.VACHER Aude, Le décor aniconique entre Loire et Gironde à l’époque mérovingienne, Thèse de 3e cycle d’histoire de l’art, Université de Nanterre, Paris, 1980, p. 181-183.CAMUS Marie-Thérèse, « Sainte-Croix, notice 25 », in Romains et Barbares entre Loire et Gironde, IVe-Xe siècles [Exposition au Musée Sainte-Croix, Poitiers, 6 octobre 1989-28 février 1990, à l’occasion de la tenue à Poitiers des XIe journées de l’Association française d’archéologie mérovingienne, du 5 au 8 octobre 1989], Poitiers : Musée Sainte-Croix, 1989, p. 42.CAMUS Marie-Thérèse, Sculpture romane du Poitou. Les grands chantiers du XIe siècle, Paris : Picard, 1992, p. 64.LABANDE-MAILFERT Yvonne, « Poitiers. Abbaye Sainte-Croix », in Les premiers monuments chrétiens de la France. 2. Sud-Ouest et Centre, Paris : Picard, 1996 (vol. 2), p. 287.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 704-705, fig. 183.
Indiquer
A. Flammin, "16759 - Console ou corbeau - Église Sainte-Croix à Poitiers - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/16759