Historique
Cette plaque était encastrée autrefois à l'extérieur de l’église paroissiale de Monnaie, dans le mur de la nef.
Etat de conservation
Une cassure oblique la divise au centre, en deux fragments joints. Les bords sont très irréguliers et présentent de nombreux enlèvements.
Conditions de remploi
Elle a été placée, sans doute à la suite des restaurations de 1874, à l'intérieur dans le mur au-dessus de la porte de la sacristie.
Précision sur le matériau
Tuffeau.
Dimensions en cm
H. 67 ; l. 57,5.
Type et technique de sculpture
Technique.TailleType.Bas-relief
Typologie
Mobilier liturgique.Chancel
Description du décor
Le décor est délimité par un cadre dont seules les parties inférieure et supérieure sont conservées. La première est formée de quatre bourrelets continus superposés et la seconde d'une alternance de pirouettes et de trois perles plates (très altérées par des enlèvements de surface). Au centre de la plaque, un entrelacs forme une torsade à quatre anneaux élargis placés deux par deux et l'un au-dessus de l'autre. Dans les deux anneaux supérieurs, deux rosaces identiques et légèrement incurvées sont cernées par deux larges cercles saillants. Les huit pétales découpés rayonnent autour du coeur rond perforé d'un trou central. Deux autres rosaces à huit pétales cordiformes partent d'un petit disque et s'inscrivent dans les anneaux inférieurs. L'espace central délimité par les anneaux est occupé par un fleuron cruciforme aux feuilles évidées et au disque central perforé. Les quatre interstices sont meublés de fleurons, dont les parties latérales longent la bordure. Contre les anneaux et dans chacun des angles s'inscrit une large feuille pointée vers l'extérieur et doublée par un trait gravé.
Discussion
Les abbés J.-J. Bourassé et C. Chevalier voyaient dans ce panneau "de caractère mérovingien" une pièce ayant appartenu "au décor primitif de la porte occidentale". R. Vivier, G. Collon et J.-M. Rougé hésitaient entre "un motif gallo-romain ou carolingien" tandis que l'abbé G. Plat pensait à l'imitation d'un modèle byzantin et le datait "d'une époque un peu plus ancienne que celle de la plaque de Saint-Martin d'Angers" attribuée au VIIIe siècle. Pour R. Ranjard, il s'agissait d'une sculpture mérovingienne. Il faut attendre 1970 pour trouver une étude plus complète sur cette pièce que l'on doit à Ch. Lelong. Ce dernier en effet a identifié cette pièce comme un fragment de chancel, de ciborium ou d'ambon et la compare aux nombreuses sculptures de ce type, trouvées dans le sud de la France ou en Italie du nord, qui reste le plus gros centre de diffusion. Il propose de la dater du début du IXe siècle. Il ajoute que "les rubans d'entrelacs sont torsadés, trait banal dans les oeuvres italiennes du VIIIe au IXe siècle" et qu'une autre caractéristique du style carolingien réside dans le fait que l'entrelacs sert de cadre à des motifs meublant largement les vides. Un de ces motifs, le fleuron cruciforme est, selon lui, la réplique exacte de ceux que l'on rencontre sur le sarcophage d'Ecclesius à Ravenne et sur les panneaux de S. Maria in Trastevere ou de S. Maria in Cosmedin à Rome. Aussi, à tous les égards, la plaque de Monnaie s'apparente aux oeuvres italiennes des VIIIe et IXe siècles, dont elle serait "une réplique ou l'oeuvre d'un atelier ambulant", totalement isolée dans l'église de Monnaie. En 1984, P. Audin reconnaît également dans cette pièce un fragment de chancel ou de ciborium du début du IXe siècle. Il remarque aussi, comme Ch. Lelong, que "ce décor se multiplie à partir de l'Italie du Nord et qu'il est étranger aux traditions locales".
Publications
BOURASSE Jean-Jacques (abbé) et CHEVALIER Casimir (abbé), Recherches historiques et archéologiques sur les églises romanes en Touraine du VIe au XIe siècles, Tours : [s.n.], 1869, p. 77.PLAT Gabriel, L’art de bâtir en France des Romains à l’an 1100 : d’après les monuments anciens de la Touraine, de l’Anjou et du Vendômois, Paris : Les éditions d’art et d’histoire, 1939, p.178.RANJARD Robert, La Touraine archéologique : guide du touriste en Indre-et-Loire, Tours : Impr. de Gibert-Clarey, 1949, p. 473.LELONG Charles, "Dalles sculptées carolingiennes de Monnaie (Indre-et-Loire) et de Saint-Martin de Tours", Bulletin de la Société archéologique de Touraine., XXXVI, 1970, p. 81-85.AUDIN Pierre, « La Touraine, du Ve au IXe siècle : 25 ans de publications », in Xavier BARRAL I ALTET (dir.), Bretagne-Pays-de-Loire-Touraine-Poitou à l’époque mérovingienne. Actes des VIe journées nationales de l’association française d’archéologie mérovingienne (Rennes, juin 1984), Paris : Errance, 1987, p. 118, fig. 3.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 649, fig. 149.
Media (image, audio, video ...)
Indiquer
A. Flammin, "16554 - Chancel - Église Saint-Martin à Monnaie - Indre-et-Loire (37)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/16554