Historique
Il a été découvert en 1960 par Dom Jean Coquet dans l’église de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé. Plus précisément, au cours du décrépissage d’un mur appartenant au grand chevet de l’église mérovingienne, où il était réemployé en moellon. Il est aujourd’hui conservé au musée de l’abbaye.
Etat de conservation
La partie inférieure du bloc est brisée, interrompant le décor de surface qui souffre également d’un éclat dans l’angle supérieur gauche. Le bord gauche, très irrégulier, est incomplet tandis que celui du haut présente de grands enlèvements plats laissés par un outil de taille. La face postérieure a été taillée : elle possède une surface lisse.
Conditions de remploi
Réemployé en moellon dans le grand chevet de l’église mérovingienne.
Précision sur le matériau
Calcaire crayeux tendre de provenance régionale (Lavoux dans la Vienne).
Dimensions en cm
H.15 ; l.18 ; Ep.7.
Type et technique de sculpture
Technique.Gravure
Typologie
Élément architectural.Pierre de taille
Détermination
Hypothétique
Décor
GéométriqueFiguratif
Description du décor
Sur la face antérieure aux contours lissés, apparaît un entrelacs exécuté dans un relief semi-méplat (de 0,5 cm de profondeur) formé d’une tresse à trois brins de deux fils plats sur le dessus, et biseautés sur les côtés. La tresse forme trois angles aigus dans la partie haute. Des erreurs se sont glissées dans l'entrecroisement des brins : certains passent au-dessus et non au-dessous. Du côté droit, un entrecroisement a été manqué.
Le bord droit de la pièce était celui qui apparaissait en parement couché sur l'horizontal, lors de sa découverte. Sa surface plane présente une gravure verticale peu profonde, au trait incisé. Un personnage (de 8 cm de haut), les bras coudés, en occupe la partie centrale. Son visage allongé s’amenuise en un menton aigu. Deux traits, dessinant les sourcils et cernant le haut des yeux en amande, descendent à la verticale pour former le nez. Un autre trait gravé souligne la bouche. L'oreille gauche forme une boucle proéminente, de petites stries verticales sur le dessus du crâne indiquent la chevelure et deux points imprimés la poitrine. Une ceinture, ornée de hachures inclinées évoquant une torsade ou une simple corde, coupe en deux le corps. La partie basse s'élargit très nettement en formant un arc de cercle interrompu dans la partie horizontale, par deux petits traits verticaux parallèles. Sous chacun des avant-bras coudés figurent, de part et d’autre de la partie plus large du corps, deux petits personnages d’inégale grandeur. Celui placé à la gauche du personnage central est plus petit que l’autre. La qualité de la gravure ne permet pas de les détailler avec beaucoup de précision ; on peut néanmoins noter que leurs silhouettes entières se rapprochent de celle de la grande figure. Leurs visages paraissent identiques, tandis que leurs bras plus courts sont étendus verticalement et non coudés. Le bras gauche du plus petit personnage est terminé par des traits en éventail figurant les doigts de la main.
Discussion
J. Coquet puis J. Hubert ont daté ce bloc de la fin de l'époque carolingienne ou plus vraisemblablement de l'époque romane, en comparant cet entrelacs à ceux des dalles de chancels de Souillac (Lot), de la croix de pignon de Saint-Maur-de-Glanfeuil (XIe siècle) mais aussi à une pierre à entrelacs de l'église de Rüggisberg fondée en 1072, aux chapiteaux de Carennac (Lot), à la croix de pignon d'Esves-le-Moutier (Indre-et-Loire), au pilastre du choeur de l'église de Bougneau (Charente-Maritime), aux pilastres de l'abside de Saint-Aoustrille (Cher) et aux vestiges d'un monument funéraire daté du XIIe siècle de l'église Saint-Marcel (Indre). Plus tard, J. Coquet revient sur sa datation en notant que ce bloc a été trouvé dans une construction de Ligugé qu'il attribue au VIIe siècle. Il est donc antérieur à l'époque carolingienne et romane : ce bloc appartient selon lui au VIe siècle et peut-être au chancel que Grégoire de Tours a signalé lors de sa venue à Ligugé. R. Thouvenot pense également que cet entrelacs à deux brins peut être daté du VIe, ou du VIIe siècle. Si J. Coquet avait déjà remarqué la présence du Christ et des deux larrons, C. Heitz fut le premier à étudier cette représentation qu'il rapproche de celle du pied de croix de l'hypogée des Dunes de Poitiers. Il compare en effet la position identique des bras des deux larrons de Poitiers et du Christ de Ligugé et voit dans ce dernier graffiti "l'exercice d'un ouvrier à un moment de détente" (...) et "les balbutiements de ce que deviendra la sculpture monumentale, toujours sommaire, aux environs de l'an mille". Le caractère de cette Crucifixion plaide, selon lui, en faveur de l'époque précarolingienne, en la comparant aux représentations insulaires irlandaises. Il place l'entrelacs à la fin du VIIIe ou au IXe siècle.
Publications
COQUET Jean (Dom), « Résultats des fouilles récentes conduites à Ligugé », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1961, p. 126.COQUET Jean (Dom), « L’inscription d’Ariomeres suivie de pierres à décor mérovingien », Revue Mabillon, vol. 203, janvier-mars 1961, p. 54-70.BUIS Micheline, La sculpture à entrelacs du Sud-Est de la France : les motifs qui l’accompagnent et les survivances à l’époque romane, Thèse de doctorat de 3e cycle, Université de Provence, Aix Marseille 1, [s.l.], 1975, II, pl. 54, fig. I.265.HEITZ Carol, « Du IVe au Xe siècle. Poitiers foyer d’art chrétien », Archéologia, vol. 113, 1977, p. 22.VACHER Aude, Le décor aniconique entre Loire et Gironde à l’époque mérovingienne, Thèse de 3e cycle d’histoire de l’art, Université de Nanterre, Paris, 1980, p. 110.HUBERT Jean, « Interprétation des fouilles de Ligugé », in Nouveau recueil d’études d’archéologie et d’histoire : de la fin du monde antique au Moyen Âge, Paris : Librairie Droz, 1985 (Mémoires et documents publiés par la Société de l’École des chartes, 29), p. 158.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 616-617, fig. 128 a, b.
Media (image, audio, video ...)
Indiquer
A. Flammin, "16500 - Bloc - Abbaye Saint-Martin à Ligugé - Vienne (86)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/16500