Description du décor
Le décor a été gravé en creux ou a été légèrement évidé. Un petit bandeau plat est ménagé sur tout le pourtour : il sépare le périmètre extérieur de la pierre tombale du décor. Ce dernier est entouré d'un cadre d'environ 3 cm de large, lisse dans les trois quarts inférieurs, et orné d'une torsade plate sur chacun des quatre côtés du rectangle ainsi formé dans le quart supérieur. Cette partie sommitale est divisée en deux compartiments par deux traits parallèles horizontaux. Dans les angles, le registre supérieur présente deux rosaces à quatre rais fusiformes avec un double trait gravé, inscrites dans deux anneaux. Les pointes des rais sont raccordées entre elles par des contre-rais identiques. L'interstice triangulaire entre les rais et les contre-rais est lui aussi rehaussé d'un double trait gravé. Notons que la rosace à gauche est très effacée. Ces rosaces encadrent un espace central rectangulaire, dont elles sont séparées par deux petits traits verticaux parallèles. Cette zone centrale, dont la surface est également très usée, comporte trois petits anneaux presque sécants : deux sont superposés dans la partie droite et l'autre est placé entre les deux à gauche. Le plus haut est quasiment effacé, tandis que les deux autres présentent un décor identique aux rosaces d'angles. La seule variante pour celui de gauche consiste dans la présence de petits points imprimés dans l'anneau. La partie plus à gauche de ce rectangle est totalement érodée. Le registre inférieur est traversé par une inscription gravée en lettres capitales. Les lettres font un millimètre de profondeur environ, leur hauteur varie entre 1 et 4,3 cm et leur largeur maximale est de 1,5 cm environ. Le dernier U a été rajouté au-dessus de l'avant-dernière lettre. Sous l'épitaphe, séparée par la torsade, une croix placée au centre occupe la partie haute de la surface restante. Elle est composée d'un double trait gravé. Ses bras s'évasent à leur extrémité et la branche inférieure, plus longue que les trois autres, comporte une petite hampe fichée au sommet d'un disque, rehaussé également de deux traits gravés. Elle est accostée, de part et d'autre de la branche supérieure, de deux quadrupèdes réalisés de profil, avec encore ce même double trait gravé. Celui de droite, un peu plus petit, est le mieux conservé. On distingue le début de l'encolure puis l'échine, la croupe arrondie et le ventre bombé, ainsi que les membres antérieur et postérieur gauche, dont les cuisses sont soulignées par un trait arrondi. Le membre postérieur présente, dans la partie supérieure externe de la patte, un renflement pointu. L'extrémité des deux pattes est très effacée. La longue queue de l'animal semble passer sous son ventre, pour se terminer en forme d'as de pique au milieu de la cuisse antérieure. L'autre animal, dont la tête est également effacée, est un peu plus grand et touche presque le cadre droit du décor. Le début de l'encolure, l'échine plus longue et la croupe plus relevée sont encore visibles, ainsi que le départ du membre postérieur droit et une partie du ventre légèrement bombé. Sous la croix, environ au centre de ce grand espace au cadre lisse, une bande ellipsoïdale incomplète est divisée en deux par un trait horizontal, entouré de quelques sillons obliques. Deux anneaux sont logés dans les angles inférieurs. Le droit est au deux tiers effacé tandis que l'autre renferme une croix aux branches égales, légèrement évasées à leurs extrémités et gravée d'un double trait. La cuve, aujourd'hui disparue, était composée de plusieurs pierres placées de champ et le couvercle trop petit était allongé au moyen de plaques d'ardoises.
Discussion
S. de La Nicollière a voulu reconnaître, dans le nom incomplet cité dans l'épitaphe de ce couvercle (S...RE), celui de Sadrevertus. Ce dernier était un religieux qui aurait entendu une voix lui ordonner d'aller transférer le corps de saint Hermeland, fondateur de l'abbaye d'Indre, dans l'église Saint-Pierre d'Indre auprès de l'autel. L. Pietri ne formule aucun commentaire sur ce nom rendu illisible par le temps. Quant à l'identification des deux animaux incomplets qui encadrent la croix, S. de La Nicollière propose de voir à droite un cerf et de l'autre côté un lion. C'est ce même animal que reconnaît F. Parenteau de chaque côté et accostant la croix, tandis que pour E. Salin, il s'agit de deux chevaux. La croix surmontant le globe se retrouve sur les monnaies mérovingiennes, comme le souligne D. Costa, et la composition iconographique entière (croix dans la partie basse, cartouche au centre et rosaces dans la zone supérieure) est comparable, d'après M. Coppola et A. Flammin, à celle du couvercle de sarcophage n°46 d'Antigny (Vienne) et de celui de l'évêque Boéthius (conservé dans la chapelle Notre-Dame de Vic à Venasque dans le Vaucluse). A. Flammin propose de le classer dans la catégorie des couvercles de sarcophages et des stèles qui ont été ornés avec la paire symbolique croix - chrisme (comme sur des sarcophages d'Antigny dans la Vienne ou sur des stèles du département du Cher (Flammin 1999). Elle ajoute que : "fichée dans une sphère, cette croix fait directement allusion au symbolisme cosmique" et que les animaux affrontés de part et d'autre de la croix pourraient ici adorer la croix, à l'image des fidèles.
Ce couvercle est daté du VIIIe siècle par le chanoine Durville, qui note que cette époque voit se développer l'emploi du schiste ardoisier dans les sépultures. D. Prigent et E. Bernard l'attribuent à la fin du VIIe siècle ou au début du VIIIe siècle sans plus de précision.
Publications
LA NICOLLIERE-TEIJEIRO Stéphane de, « Rapport sur une pierre tombale mérovingienne du VIIIe siècle de l’abbaye d’Aindre (Loire-Inférieure) », Bulletin de la Société archéologique de Nantes et de Loire-inférieure, vol. 1, 1860, p. 323, pl. p.316.PARENTEAU Fortuné, Catalogue du musée départemental d’archéologie de Nantes et de la Loire-inférieure, Nantes : Vincent Forest et Emile Grimaud, 1869, p. 41, n°49, pl. XII.PARENTEAU Fortuné, « Inscriptions et tombeaux chrétiens », Bulletin de la Société archéologique de Nantes et de Loire-inférieure, vol. 10, 1870, p. 15-16, pl. XII, n°I.VEILLECHEZE A. de, « Note sur les îles d’Aindre et d’Aindrette », Bulletin de la Société archéologique de Nantes et de Loire-inférieure, vol. 47, 1906, p. 427-428.COUTIL Léon, L’art mérovingien et carolingien : sarcophages, stèles funéraires, cryptes, baptistères, églises, orfèvrerie et bijouterie, Bordeaux : Impr. J. Bière, 1931 (Bulletin et mémoires de la Société archéologique de Bordeaux, 44), p. 27-28, fig. p. 32.SALIN Édouard, La civilisation mérovingienne d’après les sépultures, les textes et le laboratoire. 1. Les idées et les faits ; 2. Les sépultures ; 3. Les techniques ; 4. Les croyances, Paris : A. et J. Picard, 1949–1959 (/4), II, p. 149, fig. 99.PIETRI Luce, « Les monuments épigraphiques du Haut Moyen Âge », in Artistes, artisans et production artistique au Moyen-Âge. Actes du colloque international, Centre national de la recherche scientifique-Université de Rennes II-Haute-Bretagne, 2-6 mai 1983, Paris : Picard, 1990 (vol. 3), p. 9, p. 11, pl. I.PRIGENT Daniel et BERNARD Émile, « Les nécropoles à sarcophages des pays de la Loire », Revue archéologique de l’Ouest, vol. 2, 1985, p. 103.GUIGON Philippe, BATT Michael et BARDEL Jean-Pierre, « Nécropoles et sarcophages du haut Moyen Âge en Bretagne », Revue archéologique de l’Ouest, vol. 4, 1987, p. 142.COTTREL François-Xavier, Nécropoles et sarcophages du haut Moyen Âge en Loire-Atlantique, Mémoire de Maitrise, Paris : Université de Paris I - Sorbonne, 1989, II, p. 42-43.FLAMMIN Anne, La sculpture du VIe au Xe siècle entre Loire et Gironde, Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université de Poitiers, [inédit], 1999, p. 596-597, fig. 121 a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k.
Indiquer
A. Flammin, "16401 - Sarcophage - Colline d’Indre en Basse-Indre à Loire-Atlantique - Loire-Atlantique (44)", in P. Chevalier, A. Flammin, B. Mérel-Brandenburg, P.-Y. Le Pogam, Ch. Sapin, V. Rousseau (dir.) : Corpus Sathma, Paris-Lyon, (date de la consultation), https://heurist.huma-num.fr/heurist/Corpus_Sathma/view/16401